Le conglomérat sud-coréen Hanwha Systems a annoncé jeudi la cession de l’intégralité de sa participation de 5,4 % dans l’opérateur satellitaire franco-britannique Eutelsat pour 77,6 millions d’euros (88,5 millions de dollars), actant un désengagement stratégique dans un secteur où la concurrence s’intensifie face au géant Starlink d’Elon Musk.
Hanwha, qui avait investi 300 millions de dollars dans OneWeb en 2021 — avant sa fusion avec Eutelsat — essuie ainsi une perte d’environ 70,5 % sur cet investissement. Selon les documents transmis aux investisseurs, les actions ont été vendues à 3 euros l’unité, soit une décote de 13,9 % par rapport au cours de clôture d’Eutelsat mercredi. En réaction, le titre a chuté de près de 15 % à la Bourse de Paris.
Ce retrait intervient alors qu’Eutelsat, lourdement déficitaire depuis plusieurs trimestres, cherche activement de nouveaux investisseurs pour financer la seconde génération de satellites en orbite basse (LEO) de OneWeb, ainsi que sa participation au projet européen IRIS² destiné à renforcer la souveraineté numérique de l’Union européenne.
Confronté à la baisse continue de ses revenus issus des services vidéo, Eutelsat peine à rentabiliser l’acquisition de OneWeb, dans un marché de la connectivité spatiale dominé par Starlink. Selon le directeur financier Christophe Caudrelier, l’entreprise est actuellement en discussion pour lever de nouveaux capitaux. La France, principal actionnaire public via Bpifrance, pourrait d’ailleurs accroître sa participation. Des médias ont évoqué un projet de levée de fonds de 1,5 milliard d’euros, mais Eutelsat n’a pas commenté ces informations.
Hanwha justifie sa décision par un recentrage stratégique vers ses activités de défense et de communications militaires. « Cette décision reflète une stratégie à long terme visant à se concentrer sur les satellites liés à la défense plutôt que sur les opérations civiles », a déclaré le groupe dans un communiqué à Reuters. Le retrait d’un représentant de Hanwha du conseil d’administration d’Eutelsat en avril confirmait déjà cette prise de distance.
Dans un contexte de profonde réorganisation, Eutelsat a récemment nommé Jean-François Fallacher à sa tête et recherche un nouveau président pour accompagner cette phase de transition. Par ailleurs, malgré les turbulences, le rendement obligataire 2029 du groupe a baissé, signe d’un regain de confiance de la part des investisseurs institutionnels.
Alors que Starlink vient tout juste d’obtenir une licence pour opérer en Corée du Sud — tout comme OneWeb —, la bataille pour l’accès à l’Internet spatial mondial entre opérateurs s’intensifie. Eutelsat, à la croisée des chemins, joue désormais son avenir sur sa capacité à attirer rapidement de nouveaux fonds et à concrétiser ses ambitions dans le segment très disputé des satellites LEO.