À peine installé à la tête d’EDF, Bernard Fontana engage un tournant stratégique majeur. Confronté à des besoins d’investissement sans précédent et à une dette déjà lourde, le nouveau PDG prépare un vaste plan d’adaptation destiné à dégager près de 20 milliards d’euros de marges financières sur trois ans. Une manœuvre d’ampleur, qui passerait par des cessions d’actifs, des ouvertures de capital et des transferts de participations internes, afin de sécuriser la trajectoire du groupe public face aux défis du nucléaire et de la transition énergétique. Selon des informations concordantes, ce plan porterait sur une vingtaine de milliards d’euros d’actifs. Les ventes et ouvertures de capital de filiales pourraient représenter jusqu’à 17 milliards d’euros, tandis que des transferts de participations vers des portefeuilles dédiés au démantèlement des centrales nucléaires et à la gestion des déchets radioactifs atteindraient environ 4 milliards d’euros. L’objectif affiché serait de restaurer des marges de manœuvre financières dans un contexte jugé de plus en plus contraint. Plusieurs activités sont déjà identifiées comme des leviers potentiels. La filiale italienne Edison figure en bonne place parmi les pistes étudiées, avec une possible ouverture de capital. Les activités de production d’énergies renouvelables d’EDF aux États-Unis sont également dans le viseur, une cession partielle ou totale de cette plateforme étant envisagée. Cette revue de portefeuille marque une rupture avec l’approche plus prudente de la précédente direction, le nouveau PDG semblant prêt à arbitrer sans tabou entre les différentes branches du groupe. EDF a confirmé envisager des cessions totales ou partielles, en parallèle d’un plan d’économies de 5 milliards d’euros sur cinq ans. Le groupe indique procéder à une analyse approfondie de ses actifs afin d’identifier ceux susceptibles d’être valorisés sans remettre en cause ses priorités industrielles. Cette stratégie intervient alors que la situation financière d’EDF continue d’inquiéter. À la fin de l’année 2024, la dette nette atteignait 54,3 milliards d’euros, un niveau jugé préoccupant par la Cour des comptes.
Des investissements colossaux et des arbitrages délicats
La pression financière est d’autant plus forte que les besoins d’investissement du groupe sont estimés à près de 460 milliards d’euros entre 2025 et 2040. Ce montant inclut la prolongation du parc nucléaire existant, la construction de nouveaux réacteurs, le développement des réseaux électriques et la poursuite des engagements dans les énergies renouvelables. Dans un rapport publié à l’automne, la Cour des comptes a pointé des incertitudes majeures sur la capacité d’EDF à financer durablement cette trajectoire sans ajustements structurels. Dès son arrivée, Bernard Fontana avait alerté en interne sur la nécessité de prioriser les investissements et d’explorer des ouvertures de capital ciblées. Cette ligne stratégique vise à préserver le cœur nucléaire du groupe tout en allégeant son exposition sur certaines activités périphériques ou géographiquement éloignées. Les transferts de participations vers des fonds dédiés au démantèlement et au stockage des déchets répondraient également à une logique de sécurisation financière à long terme, en sanctuarisant des ressources affectées à ces obligations incompressibles. Cette orientation ne va pas sans susciter des tensions sociales. Les syndicats observent avec inquiétude l’articulation entre ce plan d’adaptation et le programme d’économies annoncé. Les représentants du personnel redoutent que la maîtrise des coûts se traduise par une pression accrue sur les salaires et les effectifs, dans un contexte où les négociations annuelles apparaissent déjà fragilisées. Des critiques ont émergé sur les méthodes de la nouvelle direction, accusée d’avoir rapidement dégradé le climat social au sein du groupe. En toile de fond, l’État actionnaire suit de près cette réorganisation, EDF restant un pilier stratégique de la politique énergétique française. Les arbitrages à venir devront concilier impératifs financiers, souveraineté énergétique et acceptabilité sociale. Le plan d’adaptation porté par Bernard Fontana pourrait ainsi redessiner durablement le périmètre du groupe, à l’heure où le nucléaire revient au centre des priorités nationales et où les contraintes budgétaires imposent des choix structurants.