Un nouvel acteur veut se glisser dans les interstices du transport intérieur. Air Inter Région, compagnie française fraîchement annoncée, vise un démarrage au premier trimestre 2027 avec une idée simple sur le papier: relier directement des villes de région, sans passer par les grands hubs, sur des trajets courts. Moins de 500 kilomètres, moins de deux heures de vol. Et au début, des avions de moins de dix passagers. Petit format, promesse de gain de temps, pari sur une France qui bouge mais qui n’a pas toujours envie de faire un détour.
Mercredi 29 avril, son fondateur Franck Crépin, 46 ans, pilote passé par la finance, a décrit un marché de « liaisons directes, interrégionales, à faible capacité, sur des distances courtes ». Le cap géographique est clair: l’Ouest, les côtes de la Manche et de l’Atlantique. À terme, Air Inter Région évoque un maillage de 18 aéroports, de Lille à Biarritz, avec des escales aussi diverses que Le Touquet, Calais, Le Havre, Deauville, Dinard, Brest, Lorient, Vannes, La Baule, Saint-Nazaire ou La Rochelle. Une France des rivages, des bassins d’emploi et des week-ends qui se déplacent vite.
Dix passagers, deux heures max, une ambition bien française
Derrière le vernis de modernité, la cible est surtout professionnelle. La compagnie mise sur le travail hybride, ces agendas éclatés où l’on vit d’un côté et où l’on signe de l’autre, et sur des déplacements rapides entre villes côtières et métropoles régionales. Exemple avancé: Lille Le Touquet en 20 minutes, une formule qui fait mouche sur le papier quand la route s’étire. Reste que ce modèle, très orienté gain de temps, suppose un billet à la hauteur du service, donc un public prêt à payer la vitesse plutôt que le prix.
Air Inter Région annonce ne pas vouloir de subventions publiques. Le financement recherché se tournerait vers des investisseurs, notamment des entreprises susceptibles d’utiliser ces lignes, comme si la clientèle devait aussi tenir la caisse. Avant de vendre le premier siège, il faudra pourtant cocher toutes les cases: boucler la levée de fonds, recruter, passer les étapes réglementaires, obtenir les autorisations d’exploitation. Le projet a déjà sa projection à dix ans, présentée à des investisseurs et à des banques: 30 appareils et 125 000 passagers par an. Sur le papier, c’est une petite industrie.
Reste un détail qui n’en est pas un: le nom. Air Inter Région convoque l’ombre d’Air Inter, l’ancienne compagnie de vols intérieurs dont la marque a disparu en 1997 après son rachat par Air France. Clin d’oeil assumé, mais aussi rappel que l’aérien domestique français a connu ses heures de gloire puis ses contraintes, entre rentabilité et usages. Si le pari des mini-liaisons tient, il pourrait redonner de la fluidité à certains territoires, avec une aviation à taille humaine, à condition que le marché suive et que l’époque accepte encore ces trajets au cordeau. 2027 dira si la promesse décolle vraiment.
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