Les tensions au Yémen se sont fortement accrues après une frappe aérienne menée mardi par l’Arabie saoudite contre le port de Mukalla, dans l’est du pays. Selon les autorités saoudiennes, l’opération visait une cargaison d’armes en provenance des Émirats arabes unis et destinée aux forces séparatistes du sud, un développement majeur dans un pays situé le long d’une route commerciale maritime stratégique reliant la mer Rouge au golfe d’Aden.
Cette frappe intervient alors que le Conseil de transition du Sud, un mouvement séparatiste soutenu par Abou Dhabi, a pris ce mois-ci le contrôle de la majeure partie des provinces de l’Hadramaout et d’Al-Mahra, y compris d’importantes installations pétrolières. Ces avancées ont bouleversé l’équilibre déjà fragile entre les différents acteurs opposés aux rebelles houthis, soutenus par l’Iran.
Le Yémen est plongé depuis plus d’une décennie dans une guerre civile complexe, mêlant rivalités locales, fractures régionales et interventions étrangères. Les houthis contrôlent les régions les plus peuplées du pays, dont la capitale Sanaa, tandis qu’une coalition soutenue par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis appuie le gouvernement internationalement reconnu dans le sud.
Depuis 2022, les violences avaient toutefois diminué, les belligérants étant parvenus à une forme d’impasse militaire. La récente offensive des séparatistes du Sud remet en cause cet équilibre et fragilise l’alliance anti-houthis, opposant désormais des groupes auparavant alliés.
Le conflit trouve son origine en 2014, lorsque les houthis se sont emparés de Sanaa, forçant le gouvernement à l’exil. L’intervention militaire de Riyad et d’Abou Dhabi l’année suivante visait à rétablir ce gouvernement. Aujourd’hui, les combats opposent le Conseil de transition du Sud aux forces gouvernementales et à leurs alliés tribaux, notamment dans la province stratégique de l’Hadramaout, riche en ressources énergétiques.
Les récentes avancées du Conseil de transition du Sud pourraient renforcer sa position dans d’éventuelles négociations futures, le mouvement réclamant de longue date le droit à l’autodétermination pour le sud du pays. Dirigé par Aidarous al-Zubaidi, également vice-président du Conseil présidentiel yéménite, le groupe contrôle désormais la majorité du sud du Yémen, y compris des ports et des îles stratégiques.
Cette escalade a brisé la relative accalmie observée ces dernières années et met en lumière les tensions croissantes entre Riyad et Abou Dhabi, pourtant alliés de longue date. Elle survient dans un contexte régional déjà instable, marqué par les crispations en mer Rouge et dans le Golfe, faisant craindre une extension du conflit au-delà des frontières yéménites.