Dans un secteur de la communication plombé par les incertitudes économiques, Publicis fait figure d’exception éclatante. Tandis que le britannique WPP prévoit un recul de son chiffre d’affaires pour 2025, le groupe français, lui, relève ses prévisions et annonce une croissance organique de près de 5 %. Une performance que ses concurrents ne peuvent que regarder de loin. À la tête de cette dynamique : Arthur Sadoun, PDG du groupe, qui n’hésite pas à afficher sa satisfaction. « Nous sommes très loin devant la concurrence », affirme-t-il. Le contraste est saisissant. Alors que le marché peine à se remettre de la frilosité des annonceurs et de la pression conjoncturelle, Publicis engrange les succès. Depuis le début de l’année, le groupe a séduit 15 grands clients internationaux (Coca-Cola, Nespresso, Mars, Accor, Goodyear, Cadillac…) qui ont quitté les agences anglo-saxonnes pour rejoindre l’écurie tricolore. Résultat : un premier semestre à 7,1 milliards d’euros de revenus nets (+5,4 %) et un bénéfice opérationnel de 1,1 milliard (+9,3 %). Une croissance solide, portée par les États-Unis (+5,3 %), la Chine (+5,2 %) et l’Europe (+4,6 %), alors même que d’autres acteurs s’enlisent.
Une transformation stratégique qui paie
Cette insolente santé financière ne tombe pas du ciel. Depuis 2017, Sadoun a méthodiquement transformé Publicis en misant massivement sur la donnée. Le rachat d’Epsilon en 2019 pour 4,4 milliards d’euros a été l’acte fondateur de cette mue, renforcée par l’acquisition récente de Lotame, spécialiste du profilage consommateurs à l’échelle mondiale. En parallèle, Publicis s’est diversifié dans le marketing d’influence, le retail media et l’intelligence artificielle avec une série d’achats ciblés (Influential, Captiv8, MoovAI…). Près de 10 milliards d’euros ont été investis en huit ans pour faire de l’entreprise une plateforme intégrée de services marketing. Le pari est gagnant : la marge opérationnelle atteint désormais 18 %, la meilleure du marché. Et alors que WPP ou Omnicom gèrent plans sociaux et fusions complexes, Publicis attire des talents venus de ses rivaux et se targue de pouvoir encore augmenter sa masse salariale. « Pour un talent qui veut construire sa carrière, Publicis est la meilleure maison », martèle Arthur Sadoun.
Quelques nuages mais une position de force
Tout n’est pas idyllique pour autant. Le PDG reconnaît que le quatrième trimestre pourrait être plus difficile, notamment aux États-Unis, où la consommation ralentit. Autre fragilité : les activités de conseil technologique menées par Publicis Sapient, qui représentent 15 % du chiffre d’affaires. Là, le climat d’investissement reste gelé, les grands groupes différant leurs projets de transformation. Publicis anticipe donc un recul de cette division en 2025, dans la lignée des difficultés rencontrées par Accenture ou Capgemini. Mais ces accrocs ne remettent pas en cause la dynamique globale. Publicis surfe sur sa transformation achevée quand ses concurrents en sont encore aux chantiers de restructuration. Même la future fusion entre Omnicom et IPG, qui rétrogradera Publicis au deuxième rang mondial par le chiffre d’affaires, ne semble pas l’inquiéter. « Ce qui compte, ce n’est pas d’être numéro un, mais de continuer à gagner des parts de marché », insiste Sadoun, qui revendique avec fierté l’ADN de challenger.
Dans un paysage publicitaire en pleine mutation, le groupe français semble bien décidé à garder une longueur d’avance. Et à rappeler que dans le monde ultra-compétitif de la pub, l’innovation vaut souvent plus que la taille.