À Hagondange, la colère est à la hauteur de la désillusion. Un an à peine après sa reprise par le fonds britannique Greybull Capital, la sidérurgie ex-Ascometal – rebaptisée Novasco – est de nouveau en sursis. Mardi 22 juillet, les salariés ont bloqué le site mosellan pour dénoncer une impasse industrielle, des promesses non tenues et une procédure de conciliation qui pourrait déboucher sur un redressement, voire une liquidation judiciaire. Près de 400 emplois sont directement menacés, alors que le site devait incarner le renouveau industriel français à travers la production d’obus.
Des fonds promis, une usine abandonnée
La reprise validée en juillet 2024 par le tribunal de Strasbourg semblait marquer une nouvelle ère. Greybull Capital s’engageait à investir massivement : 90 millions d’euros étaient annoncés, avec un soutien étatique de 85 millions, dont 75 ont effectivement été versés. Mais sur le terrain, le plan de relance s’est évaporé. Aucun début de modernisation des équipements, aucun lancement de la « voie lingot » censée fournir des obus, aucun engagement sérieux du repreneur. À ce jour, Greybull n’a déboursé que 1,5 million d’euros. Pour les salariés, c’est une trahison industrielle doublée d’un naufrage politique. Le climat social est explosif. Gazi Yildiz, délégué syndical CGT, fustige un État « qui souffle le chaud et le froid », dénonce une absence totale de contrôle des fonds publics, et résume la situation d’une formule amère : « Le réarmement en France, c’est un beau discours de l’État, c’est tout. » Le délégué accuse l’exécutif d’avoir prêté sans condition, sans exiger de contrepartie, laissant une usine stratégique s’enfoncer dans l’incertitude.
Un actionnaire fantôme, des salariés à bout
À l’entrée du site d’Hagondange, les grilles sont fermées. Les ouvriers sont là, mais l’activité est à l’arrêt. Julien Etienne, salarié depuis dix-huit ans, confie son écœurement face à une promesse de redressement qui s’est transformée en lente agonie. L’actionnaire est aux abonnés absents, les investissements attendus ne sont jamais venus, et la semaine s’annonce décisive : une assemblée générale est prévue à 13 heures, suivie d’un comité social et économique exceptionnel mercredi. Officiellement, neuf repreneurs seraient en lice. Officieusement, aucun ne convainc les syndicats. Le flou règne sur l’avenir industriel du site comme sur celui des trois autres que Novasco détient en France. L’entreprise emploie encore 750 personnes, mais sans projet clair ni direction solide, leur avenir paraît suspendu à des décisions opaques prises loin du terrain. À Hagondange, le discours politique sur la souveraineté industrielle sonne creux. Les ouvriers, eux, attendent des actes. Et une réponse à une question simple : qui a réellement l’intention de sauver la sidérurgie française ?