DENVER — Un couple de Colorado Springs comparaît ce lundi devant un tribunal fédéral, accusé d’avoir organisé la mise en scène d’une croix brûlée accompagnée d’un graffiti raciste sur une affiche électorale, dans le but présumé de susciter la sympathie en faveur de Yemi Mobolade, candidat noir à la mairie devenu depuis le premier maire afro-américain de la ville. L’affaire, qui mêle questions raciales, enjeux politiques et liberté d’expression, suscite une vive attention.
Selon les procureurs, l’événement survenu à la veille des élections municipales de 2023 visait à simuler une attaque haineuse. Les accusés, Ashley Blackcloud et son mari Derrick Bernard, sont poursuivis pour menaces interétatiques, diffusion de fausses informations et complot. Tous deux ont plaidé non coupables. Ils auraient diffusé des courriels avec des images de la croix brûlée à des médias et à d’autres destinataires afin de répandre l’information.
Ashley Blackcloud, qui se décrit comme autochtone et noire, a admis auprès de l’Associated Press que l’incident était « un canular dans tous les sens du terme », tout en affirmant que Mobolade avait connaissance du projet. Elle a cependant refusé d’en dire davantage en raison d’une ordonnance judiciaire. Les avocats de la défense soutiennent que les actes reprochés relèvent du théâtre politique et sont donc protégés par le Premier Amendement de la Constitution américaine.
Mobolade, de son côté, a catégoriquement nié toute implication. Il devrait témoigner en tant que victime. « Je n’avais aucune connaissance, aucun avertissement ni aucune implication dans ce crime », a-t-il déclaré dans une vidéo publiée en décembre. Son entourage n’a pas souhaité commenter davantage l’affaire.
Derrick Bernard, actuellement incarcéré pour une autre affaire de meurtre, est également accusé d’avoir envoyé un message menaçant à Mobolade peu avant l’incendie, affirmant mobiliser son « escadron pour la défense et l’assaut final ». Trois jours après l’incident, il aurait téléphoné à Mobolade.
Une troisième accusée, Deanna West, a plaidé coupable en mars et a accepté de coopérer avec les autorités. Selon l’accord de plaidoyer, le but du canular était de discréditer le rival de Mobolade et de simuler un climat de menace raciale pour rallier le soutien électoral.
La juge fédérale Regina M. Rodriguez a estimé que c’est au jury de déterminer si l’acte constituait une menace réelle ou un discours politique. Le procès devra trancher cette question délicate au cœur d’un débat sur les limites de la liberté d’expression en contexte électoral.