Roumanie : le centriste Nicușor Dan et l’extrémiste George Simion à égalité avant un second tour décisif
Roumanie : le centriste Nicușor Dan et l’extrémiste George Simion à égalité avant un second tour décisif

À cinq jours du second tour de l’élection présidentielle roumaine, un sondage publié mardi révèle un suspense total entre le centriste Nicușor Dan et le candidat d’extrême droite George Simion. Tous deux recueilleraient 48,2 % des intentions de vote, selon l’enquête réalisée par l’institut AtlasIntel pour le média HotNews.ro, illustrant une polarisation inédite dans un scrutin qui pourrait redessiner les équilibres européens.

George Simion, 38 ans, figure du nationalisme eurosceptique roumain et leader du parti Alliance pour l’Union des Roumains (AUR), était arrivé largement en tête au premier tour, le 4 mai, avec environ 41 % des suffrages. Cette victoire avait provoqué la démission du Premier ministre social-démocrate Marcel Ciolacu et un exode de capitaux inquiets, alors que le pays, membre de l’Union européenne et de l’OTAN, est un maillon stratégique de l’est du continent.

Connu pour ses positions pro-Trump, son opposition à l’aide militaire à l’Ukraine et ses critiques virulentes à l’égard de Bruxelles, Simion a clairement affiché son intention de rompre avec la ligne euro-atlantique suivie par Bucarest depuis deux décennies. Il a notamment suggéré qu’il opposerait son veto à l’envoi d’armement à Kyiv par l’UE, se rangeant derrière une vision de la défense européenne centrée exclusivement sur l’OTAN.

Face à lui, Nicușor Dan, 55 ans, actuel maire de Bucarest, se positionne en candidat indépendant sur une plateforme centriste et anti-corruption. Fort de ses 21 % au premier tour, il tente de rassembler un électorat modéré et pro-européen, en promettant de maintenir le cap du soutien à l’Ukraine et de renforcer l’intégration économique et sécuritaire de la Roumanie au sein de l’UE.

Le poste de président en Roumanie, bien que semi-exécutif, est stratégique : il comprend le commandement des forces armées, la présidence du Conseil suprême de défense, et peut influer sur la politique étrangère, notamment en matière de sécurité et d’alliances. Dans l’UE, il peut également bloquer certaines décisions, notamment celles requérant l’unanimité, comme les aides à l’Ukraine.

Le sondage d’AtlasIntel ne prend pas en compte le vote de la diaspora, qui avait pesé lourd au premier tour, avec près d’un million de bulletins, dont plus de 60 % en faveur de Simion. Cette variable pourrait s’avérer décisive dimanche. En revanche, une autre enquête, commandée la semaine dernière par l’équipe de campagne de Dan, donnait Simion gagnant à 54,8 %.

Selon plusieurs analystes, une victoire de George Simion pourrait isoler la Roumanie sur la scène européenne, faire fuir les investisseurs étrangers et fragiliser son rôle crucial sur le flanc oriental de l’OTAN. Elle renforcerait aussi le bloc des dirigeants eurosceptiques au sein de l’UE, aux côtés des Premiers ministres hongrois Viktor Orbán et slovaque Robert Fico.

À quelques jours du vote, la Roumanie se trouve donc à un carrefour politique et géopolitique majeur. Le choix entre une continuité europhile et un virage nationaliste déterminera non seulement son avenir intérieur, mais aussi son rôle au cœur des tensions stratégiques entre l’Est et l’Ouest de l’Europe.

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