Présidentielle en Pologne : l’extrême droite impose ses conditions aux finalistes du second tour
Présidentielle en Pologne : l’extrême droite impose ses conditions aux finalistes du second tour

À moins de deux semaines du second tour de l’élection présidentielle en Pologne, l’extrême droite tente d’imposer son agenda aux deux finalistes, Rafal Trzaskowski, centriste pro-européen, et Karol Nawrocki, nationaliste soutenu par le parti Droit et Justice (PiS). Avec plus de 20 % des voix cumulées au premier tour, les candidats d’extrême droite Slawomir Mentzen et Grzegorz Braun se retrouvent en position de faiseurs de roi, et entendent bien peser sur la suite du scrutin.

Slawomir Mentzen, chef du parti ultraconservateur Confédération, arrivé troisième avec 14,8 % des suffrages, a annoncé mardi qu’il inviterait les deux candidats restants à un débat sur sa chaîne YouTube. À cette occasion, il leur demandera de signer une déclaration d’engagement conforme aux revendications de son électorat, en grande majorité jeune, anti-système et eurosceptique.

Les conditions posées par Mentzen incluent : le refus de toute hausse d’impôt, le maintien absolu de la liberté d’expression, l’opposition à l’envoi de troupes en Ukraine, le rejet du transfert de compétences à l’Union européenne, et la défense du droit des citoyens à porter des armes.

Karol Nawrocki s’est montré réceptif à cette main tendue. Lors d’une conférence de presse, il a qualifié l’initiative de Mentzen d’« offre sérieuse » et a affirmé vouloir discuter d’un éventuel soutien. Nawrocki sait que pour espérer l’emporter le 1er juin, il devra rallier la base radicale du camp conservateur sans effrayer les modérés.

Rafal Trzaskowski, maire de Varsovie et membre de la Coalition civique (KO), actuellement au pouvoir, a quant à lui adopté une posture plus prudente, indiquant qu’il n’avait pas encore décidé s’il participerait ou non à ce débat. Tenter de séduire les électeurs de Mentzen sans se mettre à dos les centristes ou l’électorat de gauche représente pour lui un délicat exercice d’équilibre.

Parallèlement, Grzegorz Braun, autre figure de l’extrême droite, qui a obtenu 6,3 % des voix, a publié sa propre liste de revendications. Parmi elles : l’arrêt de ce qu’il appelle l’« ukrainisation » de la Pologne – une référence aux réfugiés ukrainiens – le rejet du pacte migratoire européen, l’opposition au Green Deal climatique, la fin des célébrations de Hanoukka au palais présidentiel, et l’interdiction de l’avortement.

Braun s’était déjà fait remarquer en 2023 pour avoir éteint à l’extincteur les bougies de Hanoukka allumées au Parlement, un geste qui avait suscité une condamnation internationale. Son influence, bien que marginale en termes de pourcentage, ajoute à la pression exercée par les extrêmes sur le débat présidentiel.

Dans une Pologne profondément polarisée, ce second tour s’annonce tendu et incertain. Le poids de l’extrême droite pourrait bousculer les lignes traditionnelles, forçant les candidats à clarifier leur position sur des sujets sensibles comme l’Europe, la guerre en Ukraine, l’immigration ou les libertés civiles.

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