Au lendemain de son élection historique, le pape Léon XIV a célébré vendredi matin sa toute première messe en tant que souverain pontife, marquant le début d’un pontificat déjà riche en symboles. L’ancien missionnaire américain, né à Chicago sous le nom de Robert Prevost, devient ainsi le premier pape originaire d’Amérique du Nord et ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de l’Église catholique.
Âgé de 69 ans et membre de l’ordre des Augustins, Léon XIV a été choisi jeudi par les cardinaux réunis en conclave au Vatican. Son élection, accueillie par une clameur dans la place Saint-Pierre, rompt avec un tabou traditionnel : celui qui excluait jusqu’ici les Américains de la papauté en raison du statut de superpuissance politique des États-Unis. Mais Prevost, également citoyen péruvien et longtemps missionnaire au Pérou, a su rassurer les électeurs par son profil international, son humilité et son engagement social.
Dans son premier message au monde, prononcé en italien depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, Léon XIV a esquissé les grandes lignes de sa vision : une Église « missionnaire », « ouverte », « capable de construire des ponts et d’accueillir avec charité, dialogue et amour ». Des propos qui rappellent l’esprit du pape François, auquel il succède et dont il pourrait prolonger certaines réformes clés.
Le choix du nom « Léon » porte également une forte charge symbolique. Le précédent pape à l’avoir porté, Léon XIII (1878–1903), est resté célèbre pour sa modernisation de la doctrine sociale de l’Église et son ouverture au monde moderne. En reprenant ce nom, Prevost rend hommage à cette tradition de justice sociale et de dialogue avec la modernité. Il fait aussi écho à frère Léon, proche de saint François d’Assise, renforçant ainsi un lien avec le pontificat de son prédécesseur.
Proche du pape François, Robert Prevost avait été nommé en 2023 à la tête de la puissante Congrégation pour les évêques, après avoir dirigé un diocèse complexe au Pérou. Il s’était distingué par son souci des pauvres et son sens pastoral. Il avait notamment dirigé une réforme inédite en intégrant des femmes au processus de sélection des évêques. Pour ses confrères péruviens, il était surnommé « le saint du Nord ».
Léon XIV a célébré vendredi sa première messe dans la chapelle Sixtine en compagnie des cardinaux. Il est attendu dimanche pour la bénédiction traditionnelle du midi depuis le balcon papal, et s’adressera lundi aux médias. Il pourrait effectuer son premier voyage officiel à la fin du mois, en Turquie, pour marquer le 1 700e anniversaire du Concile de Nicée, une étape majeure du dialogue entre catholiques et orthodoxes.
Sa désignation a suscité des réactions enthousiastes dans le monde entier, y compris de la part du président américain Donald Trump, qui a salué « un grand honneur pour notre pays ». Mais les observateurs soulignent que sa nomination pourrait aussi adresser un message aux catholiques américains, divisés ces dernières années entre progressistes et conservateurs.
En tant que premier pape augustinien, héritier d’un ordre dédié à la pauvreté et à la mission, Léon XIV pourrait inscrire son pontificat dans une dynamique de service et de réconciliation, fidèle à son parcours de terrain. Au Pérou, il reste celui qui n’hésitait pas à réparer des camions en panne ou à mobiliser des fonds pour acheter des usines d’oxygène en pleine pandémie. Un homme d’action, désormais à la tête de l’Église universelle.