Jean-Luc Mélenchon a officialisé dimanche soir sur TF1 sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Une quatrième campagne, alors qu’il avait affirmé à plusieurs reprises que 2022 serait sa dernière présidentielle, qu’il souhaitait être remplacé et qu’il n’était pas candidat à sa succession…
« Oui, je suis candidat »
Dimanche 3 mai, sur le plateau du 20H de TF1, Jean-Luc Mélenchon a mis fin au faux suspense : « Oui, je suis candidat », a-t-il déclaré face à Anne-Claire Coudray. Le fondateur de La France insoumise a justifié cette décision par « le contexte et l’urgence », ajoutant que son camp disposait désormais d’« une équipe, un programme et un seul candidat ». TF1 confirme qu’il s’agit de sa quatrième campagne présidentielle. La phrase peut sembler banale dans une vie politique habituée aux revirements. Elle ne l’est pas. Car Jean-Luc Mélenchon avait, à plusieurs reprises, affirmé ou laissé entendre qu’il ne repartirait pas en campagne. Il avait construit une partie de son récit politique sur l’idée d’une dernière candidature, d’un passage de relais, d’une succession à organiser. Aujourd’hui, il fait exactement l’inverse.
Jean-Luc Mélenchon en 2021 : «Ma dernière candidature»
La déclaration la plus accablante date d’août 2021. Interrogé par Le Dauphiné libéré sur le caractère personnellement définitif de sa candidature de 2022, Jean-Luc Mélenchon répondait : « Il est évident que c’est ma dernière candidature. C’est même un argument en ma faveur : je suis le seul à ne pas organiser une carrière. »
Pire, Mélenchon avait transformé cette promesse en argument moral : lui ne ferait pas carrière, lui ne s’accrocherait pas, lui ne serait pas un professionnel de la candidature permanente. En 2026, cette phrase lui revient comme un boomerang. Car en annonçant une quatrième candidature, Jean-Luc Mélenchon fait précisément ce qu’il prétendait ne pas faire : organiser sa permanence politique autour de sa propre personne.
2022 : le faux passage de relais
Le soir du premier tour de 2022, au Cirque d’Hiver, Jean-Luc Mélenchon échoue une nouvelle fois aux portes du second tour. Il termine troisième et lance à ses soutiens, notamment aux plus jeunes : « Faites mieux ! » On peut entendre alors un discours dans lequel il se pose en « passeur » après une troisième campagne présidentielle. Le message envoyé aux militants était clair : la suite devait se construire avec d’autres.
Quelques semaines plus tard, le 22 mai 2022, sur le plateau du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, Jean-Luc Mélenchon est interrogé sur 2027. Il répond : « Je ne serai pas candidat pour l’éternité » et ajoute : « Est-ce que j’ai envie ? Non. » Là encore, il ne se présente pas comme un homme déjà prêt à repartir. Il se donne l’image d’un responsable qui ne souhaite pas devenir l’éternel candidat de son camp.
Septembre 2022 : « Je souhaite être remplacé »
Le 6 septembre 2022, dans un entretien à Reporterre, Jean-Luc Mélenchon va encore plus loin. Pour la présidentielle de 2027, il déclare : « Je souhaite être remplacé. » Il ajoute : « Je ne suis pas candidat à la candidature permanente. Je l’ai fait déjà trois fois, parce que la nécessité commandait. » Cette déclaration a lieu plusieurs mois après la présidentielle, donc à froid. Mélenchon ne parle plus sous le coup de la déception du soir du premier tour. Il développe une justification : il veut terminer son travail intellectuel, organiser sa succession, éviter la guerre interne. Il affirme même que la question n’est pas le vide, mais le « trop-plein » de candidatures possibles à gauche.
Janvier 2023 : «Je ne suis pas candidat à ma succession»
Le 12 janvier 2023, sur France 2, Jean-Luc Mélenchon répète encore qu’il n’est pas candidat pour 2027 : « Je ne suis pas candidat à ma succession », affirme-t-il à propos de la représentation de La France insoumise à la présidentielle. Il ajoute qu’il n’est « pas partie prenante de la bataille » pour sa succession, même s’il glisse déjà que « les circonstances font les candidatures ».
Mars 2024 : il répète encore qu’il veut être remplacé
En mars 2024, Jean-Luc Mélenchon recommence. Sur X, il écrit : « Je répète : je souhaite être remplacé. » Il cite alors François Ruffin, Mathilde Panot et Manuel Bompard comme figures travaillant à cette relève, et leur souhaite « bonne chance ».
Une candidature qui révèle aussi l’échec de la succession
Cette quatrième candidature dit aussi autre chose : La France insoumise n’a pas réussi, ou n’a pas voulu, organiser l’après-Mélenchon. Pendant des années, plusieurs noms ont été cités : François Ruffin, Mathilde Panot, Manuel Bompard, Clémence Guetté, voire plus récemment d’autres figures issues du mouvement. Mais aucun n’a été réellement installé comme successeur naturel. La vérité, c’est qu’en réalité, et malgré ses déclarations laissant entendre qu’il voulait un successeur, Jean-Luc Mélenchon n’a jamais eu la moindre intention d’être remplacé…