Face à l’explosion de la criminalité, l’Équateur vote sur le retour des bases militaires étrangères (AP)
Face à l’explosion de la criminalité, l’Équateur vote sur le retour des bases militaires étrangères (AP)

Confrontés à une hausse spectaculaire de la violence liée au trafic de drogue, les Équatoriens se prononceront dimanche sur deux questions majeures : le retour de bases militaires étrangères, que le président Daniel Noboa juge cruciales pour combattre le crime organisé, et la convocation d’une assemblée constituante pour réécrire la Constitution. Le pays, autrefois considéré comme l’un des plus sûrs d’Amérique latine, est devenu ces dernières années un point névralgique du transit de stupéfiants depuis le Pacifique, plongeant son économie déjà fragile dans une crise sécuritaire sans précédent.

Selon les derniers sondages, une majorité d’électeurs soutient l’idée d’une nouvelle Constitution, mais l’opinion reste divisée sur la présence permanente de forces étrangères. Noboa estime que la Constitution actuelle, rédigée sous le président de gauche Rafael Correa, n’est plus adaptée aux défis actuels et freine la coopération internationale indispensable à la lutte contre les cartels. « Ils ont rédigé ces règles pour se protéger. Aujourd’hui, l’Équateur choisit une autre voie », a-t-il déclaré sur X cette semaine.

Les États-Unis saluent régulièrement Noboa comme un « excellent partenaire » dans la lutte contre l’immigration clandestine et le narcotrafic. Washington affirme avoir mené, avec l’accord de Quito, des frappes contre plus d’une douzaine de navires suspectés de transporter de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique, entraînant plus de 70 morts. Noboa a également ratifié deux accords militaires conjoints avec les États-Unis l’an dernier, en plus d’un mécanisme d’interception aérienne pour saisir drogues et armes en mer. Les autorités assurent qu’un vote négatif sur les bases n’empêcherait pas le renforcement de ces dispositifs.

La question des bases étrangères reste toutefois sensible. La ville portuaire de Manta avait accueilli des forces américaines pendant dix ans avant que Correa ne mette fin à cet accord en 2009 et n’interdise par la Constitution toute implantation militaire étrangère. Selon le ministre de l’Intérieur John Reimberg, la fermeture de cette base aurait provoqué une chute de plus de 70 % des saisies de drogue l’année suivante, faute d’opérations conjointes. La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a récemment visité les installations de Manta et une base aérienne à Salinas aux côtés de Noboa.

Pour certains experts, le retour de bases étrangères relève davantage d’un repositionnement géopolitique que d’une réponse immédiate au crime. Luis Cordova, chercheur à l’Observatoire des conflits équatoriens, estime que « l’Équateur ne manque pas de coopération, il manque de gestion publique pour résoudre le problème », jugeant prioritaire l’amélioration des capacités de renseignement.

La question divise profondément la société. Nombre d’Équatoriens craignent une atteinte à la souveraineté nationale. « Nous ne permettrons pas que notre pays devienne un champ de bataille pour servir les ambitions des États-Unis », affirme Jeronimo Ludena, avocat à Guayaquil, la ville la plus violente du pays. « Nous ne devons pas hypothéquer notre souveraineté. »

Entre janvier et septembre, les autorités ont saisi 146,4 tonnes de drogue, contre 208 tonnes sur la même période en 2024, tandis que les homicides ont augmenté de plus de 36 % sur les neuf premiers mois de l’année. Pour beaucoup d’Équatoriens, le scrutin de dimanche représente un choix décisif sur la direction à donner à la lutte contre le crime et à l’avenir du pays.

Que retenir rapidement ?

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