Bolivie : entre lassitude et colère, les électeurs s’apprêtent à voter sans conviction
Bolivie : entre lassitude et colère, les électeurs s’apprêtent à voter sans conviction

À la veille de l’élection présidentielle, prévue ce dimanche en Bolivie, les rues de La Paz et d’autres grandes villes sont couvertes d’affiches électorales promettant un avenir meilleur : une relance économique en cent jours, la fin des pénuries de carburant et de nourriture, et l’unité nationale. Mais derrière les slogans, l’enthousiasme peine à prendre. Huit candidats sont en lice — dont deux figures de la droite, un centriste conservateur et plusieurs dissidents de la gauche — et tous se présentent en porteurs de rupture. Pourtant, pour nombre de Boliviens, l’espoir s’est mué en cynisme.

Les promesses de solutions rapides, comme celle du candidat de droite Samuel Doria Medina assurant qu’il stabilisera l’économie « en cent jours, bon sang ! », sont tournées en dérision : ses affiches ont été vandalisées, les délais gonflés d’ajouts de zéros. L’autre favori de la droite, l’ancien président par intérim Jorge « Tuto » Quiroga, est lui aussi moqué, son surnom transformé en insulte sur les murs. Même les slogans de l’aile gauche sont détournés, reflet du rejet généralisé envers la classe politique.

Dans un pays en pleine crise économique, où l’inflation galope, où les réserves de dollars se sont évaporées et où les stations-service sont assaillies de camions immobilisés des jours entiers, la lassitude domine. « Le seul soulagement, c’est qu’Arce s’en aille », confie Alex Poma Quispe, un jeune vendeur de fruits bloqué depuis deux nuits dans la file pour obtenir du diesel.

Cette élection marque la fin du mandat du président Luis Arce, affaibli par une lutte ouverte avec son ancien mentor Evo Morales, qui a fracturé leur parti historique, le Mouvement vers le socialisme (MAS). Cette division offre à l’opposition de droite sa meilleure chance en vingt ans. Mais les visages qui se présentent ne sont pas nouveaux : Doria Medina, riche homme d’affaires, et Quiroga, ancien vice-président puis président intérimaire en 2001, cumulent à eux deux plusieurs candidatures infructueuses à la présidence. Beaucoup y voient le symbole d’une politique figée, incapable de se renouveler.

Les sondages montrent près de 30 % d’indécis. Le rejet de « l’ancienne garde » reste fort, d’autant que les passés controversés des candidats ressurgissent : Quiroga a été associé à l’ancien dictateur Hugo Banzer, tandis que son rôle dans le gouvernement intérimaire de Jeanine Áñez en 2019, accusé de répression violente, pèse lourdement.

Dans ce contexte, certains misent sur le vote des jeunes. Âgés en médiane de 26 ans, connectés et impatients, ils représentent un électorat clé. Quiroga a choisi comme colistier JP Velasco, un entrepreneur technologique de 38 ans sans expérience politique, qui tente de séduire avec le slogan provocateur « Make Bolivia Sexy Again » et la promesse d’exploiter le lithium bolivien pour attirer investissements et emplois.

Mais entre débats télévisés boycottés par les favoris, attaques personnelles entre candidats et absence de propositions concrètes, la campagne peine à convaincre. Dimanche, 7,9 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Beaucoup iront voter par obligation légale plus que par conviction, et certains pourraient même privilégier la file d’attente des stations-service à celle des bureaux de vote. Une élection qui, malgré son importance symbolique en plein bicentenaire de l’indépendance bolivienne, laisse planer un sentiment de désillusion profonde.

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