Faut-il débaptiser les vacances de Noël et de la Toussaint pour gommer toute référence religieuse ? Le sujet, sensible, s’est invité dans le débat public après la proposition du FSU-Snuipp, premier syndicat d’enseignants du primaire. Selon RMC, l’organisation souhaite remplacer ces appellations par « vacances de fin d’année » et « vacances d’automne », au nom de la laïcité. L’argument avancé est celui de la neutralité : ne pas laisser les fêtes chrétiennes dominer symboliquement le calendrier scolaire. « La laïcité ne peut pas être à géométrie variable », soutiennent des enseignants favorables à la mesure, estimant que ces noms ne correspondent plus aux réalités d’une société diverse.
Un amendement qui divise
La proposition a même franchi une étape institutionnelle : déposée auprès du Conseil supérieur de l’Éducation, elle a été approuvée à une large majorité, 44 voix contre 7. Mais ce vote reste consultatif. Le ministère a tranché : il n’est pas question de modifier les appellations officielles. La ministre démissionnaire, Élisabeth Borne, a écarté toute évolution. Dans l’espace public, le débat reste vif. Les partisans de la réforme voient un geste symbolique nécessaire pour respecter la séparation de l’Église et de l’État. Ses opposants dénoncent une volonté d’effacer les racines culturelles du pays. L’avocat Charles Consigny, sur le plateau des « Grandes Gueules », fustige « une tendance à vouloir déposséder la France du peu qui lui reste », allant jusqu’à dénoncer « des générations de laïcards ».
Entre laïcité et mémoire collective
Du côté des citoyens, les réactions sont contrastées. Certains, y compris de confession musulmane, jugent la proposition inutile et perçue comme une tentative d’effacement de l’histoire. D’autres au contraire estiment qu’il est temps d’adapter les appellations scolaires à une société pluraliste. Le syndicat étudiant de droite UNI a immédiatement lancé une pétition pour s’opposer à la mesure, voyant dans l’adoption consultative de l’amendement un pas trop loin. Au final, le gouvernement a verrouillé la question, mais l’initiative aura suffi à remettre sur la table une vieille querelle française : faut-il préserver la mémoire culturelle attachée aux noms traditionnels, ou redéfinir les symboles scolaires pour les rendre compatibles avec une stricte lecture de la laïcité ?