Les droits de douane de Trump sèment la panique sur les marchés mondiaux
US President Donald Trump signs an executive order regarding Department of Government Efficiency (DOGE), in the Oval Office of the WHite House in Washington, DC, on January 20, 2025. (Photo by Jim WATSON / POOL / AFP)

Alors que l’administration Trump s’apprête à annoncer des droits de douane massifs, les craintes grandissent quant à un impact négatif sur l’économie mondiale. Les indices S&P 500 et Nasdaq ont atteint leurs plus bas niveaux depuis plus de six mois, tandis que les marchés mondiaux reculent, redoutant une escalade de la guerre commerciale.

Trump a déclaré que ces droits de douane viseront tous les pays, et non seulement ceux ayant les plus grands déséquilibres commerciaux avec les États-Unis. Il a promis une « immense annonce tarifaire » pour mercredi, qualifiée par lui de « jour de la libération ».

Les marchés financiers ont réagi par une chute massive des actions, une hausse record de l’or et une augmentation des obligations américaines. Cette nervosité a déclenché des ventes d’actions estimées à 5 000 milliards de dollars sur les six dernières semaines.

Les économistes de Goldman Sachs ont relevé à 35 % la probabilité d’une récession, alertant que les droits de douane pourraient accélérer l’inflation, faire grimper le chômage et ralentir fortement la croissance.

Baisse continue des marchés

Lundi, les contrats à terme sur le S&P 500 ont chuté de 1,2 %, ceux sur le Dow Jones de 0,7 %, et ceux sur le Nasdaq de 1,6 %, ce dernier regroupant de nombreuses grandes entreprises technologiques.

Les craintes entourant les tarifs douaniers de Trump ont touché l’ensemble des marchés, alimentant des perspectives de stagflation, de ralentissement économique et de guerre commerciale avec les partenaires des États-Unis.

Vendredi, le S&P 500 a chuté de 2 %, l’une de ses pires performances en deux ans, tandis que le Dow Jones perdait 1,7 % et le Nasdaq 2,7 %, avec des prévisions de baisse allant au-delà des 10 %.

Les marchés asiatiques et européens ont également reculé fortement, renforçant une tendance baissière amorcée la semaine précédente.

Jour de la libération et politique « America First »

Trump affirme que l’instauration de ces droits de douane mercredi libérera les États-Unis des produits étrangers et attirera des centaines de milliards de dollars en investissements, soulignant qu’il s’agit de l’aboutissement de sa politique commerciale « America First » visant à renforcer l’industrie locale.

À bord d’Air Force One dimanche, Trump a aussi menacé d’imposer des droits de douane supplémentaires de 25 à 50 % sur le pétrole russe si Moscou bloque ses efforts de paix en Ukraine, et de sanctions douanières contre l’Iran si aucun accord n’est conclu sur son programme nucléaire.

Il a déclaré :
« Les droits de douane concerneront tous les pays. Ils seront plus généreux que ce que ces pays ont appliqué contre nous, donc plus cléments. Mais cela représentera quand même d’énormes recettes pour notre pays. »

En 2024, les États-Unis ont importé pour 1 200 milliards de dollars de marchandises — un déficit commercial record que Trump entend réduire par les tarifs douaniers.

Les 15 pays voyous

Le secrétaire au Trésor Scott Besant a annoncé que, dès le 2 avril, chaque pays serait taxé à un taux équivalent à celui qu’il impose aux exportations américaines. Il a ajouté que 15 % des pays ciblés, responsables d’une grande part du déficit et appliquant des barrières déloyales, seraient les plus impactés.

Dans une interview sur Fox Business, Besant a qualifié ces pays de « 15 pays voyous », évoquant notamment des droits de 25 % sur les importations de semi-conducteurs, de puces électroniques et de médicaments — une mesure promise par Trump, mais pas encore appliquée.

Une facture pour les ménages américains

Les détails des taxes restent flous, mais les analystes estiment que les ménages américains paieront la note sous forme de prix plus élevés et de pouvoir d’achat réduit.

Le Wall Street Journal a indiqué dimanche que Trump poussait son équipe à durcir encore les tarifs, ce qui pourrait représenter un choc de 20 % pour les partenaires commerciaux des États-Unis.

Scénario de risque : inflation, récession, stagflation

Goldman Sachs prévoit que ces mesures feront grimper l’inflation à 3,5 %, le chômage à 4,5 %, et augmenteraient les droits de douane de 15 points. Dans une note publiée dimanche, la banque a averti que le risque tarifaire est plus élevé que ce que de nombreux acteurs du marché anticipaient.

Elle voit un impact économique négatif généralisé avec une croissance affaiblie et 35 % de probabilité de récession dans les 12 mois à venir (contre 20 % auparavant).

La dernière période de stagflation aux États-Unis remonte à la fin des années 1970 et au début des années 1980, lorsque la Réserve fédérale, dirigée par Paul Volcker, avait fortement relevé les taux d’intérêt pour combattre l’inflation, provoquant une récession.

Une confiance en chute libre

Les analystes de Morgan Stanley estiment que l’incertitude liée aux droits de douane pèse déjà sur la confiance économique, et que Wall Street perdra davantage de confiance sans clarification de la stratégie commerciale américaine.

Si le 2 avril se traduit par plus d’escalade que de clarté, les investisseurs risquent de se précipiter massivement vers la sortie.

En parallèle, les attentes d’inflation des consommateurs ont atteint un pic inédit depuis des années, et la confiance des petites entreprises est en recul.

Même l’optimiste cabinet de recherche Yardeni a relevé de 35 % à 45 % ses prévisions de stagflation.

Dans une note publiée lundi, ses stratèges ont écrit :
« Nous perdons confiance dans la capacité de l’économie à résister à l’ère Trump des droits de douane. » Les dernières données montrent que la stagflation commence déjà à grignoter la performance économique exceptionnelle des dernières années. »

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