La plateforme vidéo de Google franchit un nouveau cap dans la lutte contre les usurpations d’identité générées par intelligence artificielle. Lancé le mois dernier à destination des responsables politiques et journalistes, l’outil de détection de deepfakes de YouTube s’ouvre désormais aux acteurs et musiciens de Hollywood, accessibles via leurs agences de talents et sociétés de management, et même sans posséder de chaîne sur la plateforme. Le dispositif permet de repérer les contenus dans lesquels le visage d’une personnalité a été modifié ou fabriqué par IA, et d’en demander la suppression. Son accès est entièrement gratuit.
Une réponse à une menace qui s’emballe
L’initiative intervient dans un contexte de prolifération rapide des deepfakes. Des applications grand public comme Sora, l’outil d’OpenAI, depuis fermé, ont généré des flots de vidéos hyperréalistes de célébrités disparues, dont Michael Jackson et Elvis Presley. En février dernier, le réalisateur irlandais Ruairí Robinson avait créé, à partir d’un simple texte de deux phrases, un clip saisissant montrant Brad Pitt se battre avec Tom Cruise sur un toit, produit avec Seedance 2.0, un outil du groupe chinois ByteDance. La vidéo, largement diffusée, avait provoqué une vive inquiétude à Hollywood. Charles Rivkin, patron de la Motion Picture Association, a depuis appelé ByteDance à « cesser immédiatement ses activités de contrefaçons », l’accusant de violer le droit d’auteur. Le développement de l’outil YouTube répond aussi à des plaintes directes de personnalités américaines, qui dénonçaient jusqu’ici la lourdeur des procédures pour signaler et faire retirer un deepfake sur la plateforme.
Un « patrimoine » à protéger, mais des limites assumées
Pour Jason Newman, de la société de management Untitled Entertainment, YouTube « fait ce qu’il faut en fournissant ces outils gratuitement », ajoutant dans un entretien au Hollywood Reporter que le patrimoine d’un artiste, « c’est son visage, son corps, qui il est, ce qu’il fait, sa façon de s’exprimer ». Alon Yamin, directeur général de Copyleaks, plateforme spécialisée dans la détection de contenus générés par IA, salue quant à lui « un tournant dans la manière dont les plateformes abordent la protection de l’identité », tout en soulignant que « la technologie permettant de reproduire le visage, la voix et les mimiques d’une personne a avancé plus vite que les garde-fous qui l’entourent ». Il prévient toutefois que l’outil « n’éliminera pas totalement les deepfakes », mais devrait « réduire considérablement leur portée », à condition que les systèmes de détection soient « extrêmement précis, continuellement mis à jour et associés à des procédures de retrait rapides ».
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