À l’ouverture de la Fashion Week masculine automne-hiver 2026-2027, la surenchère de décors fait partie du rituel. Kenzo a pourtant choisi une autre voie : plutôt que d’inventer un nouveau décor spectaculaire, la marque a replongé dans son histoire en organisant une présentation presse, le temps d’une journée, dans l’ancienne demeure parisienne de son fondateur, Kenzo Takada, au cœur du quartier de la Bastille.
Une demeure-jardin rare, passée de Kenzo à un duo du luxe
Le lieu, conçu avec son compagnon l’architecte Xavier de Castella, fonctionne comme un îlot secret : derrière une façade discrète, un ensemble de trois niveaux s’ouvre sur un jardin japonais, avec bassin de carpes koï, végétation travaillée et espaces dédiés à l’art de vivre nippon. La maison a changé de mains après 2009, et a été rénovée entre 2018 et 2019 par l’architecte japonais Kengo Kuma, qui décrivait à AD l’impression ressentie lors de sa première visite : ce qui l’avait frappé, disait-il, c’était “ce jardin japonais lové au cœur de Paris”. Mise en vente par Christie’s en 2023, la propriété a finalement été rachetée par Isabelle et Olivier Chouvet, à la tête du groupe The Independents, un acteur de la communication et de l’événementiel dans le luxe.
Nigo convoque les archives et l’héritage d’un agitateur des années 1970
Dans ce décor chargé de mémoire, Kenzo a installé un dialogue entre archives et collection actuelle. Depuis son arrivée en 2021, Nigo revendique une ligne de crête : préserver l’esprit de Takada sans le copier. Pour cette saison, le parti pris du “retour aux sources” passe autant par des pièces patrimoniales exposées que par des clins d’œil textiles et graphiques : réapparition du tigre associé à l’époque Kenzo Jungle, motifs et lettre K puisés dans les archives, ou encore réinterprétations d’accessoires historiques comme un sac des années 1980 décliné en formats contemporains. L’ensemble rappelle ce qui a fait la rupture Kenzo à Paris : un mélange assumé de références françaises et japonaises, un goût pour la couleur et les imprimés, et une liberté de composition qui avait bousculé les habitudes du prêt-à-porter dès les années 1970.