C’est un site archéologique hors du commun qui s’ouvre progressivement aux chercheurs. En 2025, lors d’une opération militaire de maîtrise des fonds marins, la marine nationale découvrait fortuitement l’épave Camarat 4 au large de Ramatuelle, dans le Var — la plus profonde jamais référencée en eaux territoriales françaises, à 2 570 mètres de fond. Du 6 au 8 avril 2026, la mission Calliope 26.1, menée conjointement par le Cephismer (Centre expert plongée humaine et intervention sous la mer) et le Drassm (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, rattaché au ministère de la Culture), a constitué la première étape scientifique d’exploration approfondie de ce site dont les coordonnées exactes sont tenues secrètes, « au vu de la sensibilité des objets découverts sur le fond », comme le précise l’officier en charge des opérations à 20Minutes.
Un robot à 4 000 mètres de capacité, 68 000 photos en trois heures
Pour relever le défi technologique, le remorqueur de haute mer Jason a été équipé d’un ROV — véhicule sous-marin téléopéré capable de descendre jusqu’à 4 000 mètres — doté de plusieurs caméras et de bras articulés. Après une heure de descente, le robot parvient au niveau de l’épave. « C’est un travail d’extrême précision pour ne pas endommager le site, pour ne pas soulever les sédiments », explique Sébastien, chef de mission, interrogé par ICI Provence. L’appareil photo embarqué a mitraillé à huit clichés par seconde pendant trois heures — soit près de 68 000 photographies — permettant de réaliser une photogrammétrie, soit une modélisation 3D complète de l’épave. Sur les écrans de contrôle, la structure du bateau se dévoile, accompagnée d’un canon, et de centaines de pichets et d’assiettes richement ornés de motifs floraux, de croix, de poissons bleus, oranges et verts — dont les couleurs restent étonnamment vives.
Un navire marchand ligure intact, une exposition prévue à Toulon en novembre
« La visibilité est excellente. On peut dire qu’il s’agit vraisemblablement d’un bateau de commerce qui transporte de la faïence de Ligurie, peut-être du port de Gênes ou de Savone », indique Franca Cibecchini, archéologue maritime au Drassm. L’un des atouts majeurs du site tient à son inaccessibilité naturelle : « C’est un site sur lequel il n’a pas pu y avoir de tentative de pillage après le naufrage », souligne Marine Sadania, la chercheuse qui pilote les opérations. « Pour le XVIe siècle, on a des textes qui ne sont pas très bavards sur les navires de commerce — c’est donc un témoignage précieux sur l’histoire maritime et les réseaux de transport. » Plusieurs pichets et assiettes ont été prélevés pour être analysés au laboratoire du Drassm à Marseille, où des protocoles de conservation sont en cours de développement — un tiers des céramiques issues de fouilles sous-marines finissant par se briser sans explication. L’épave elle-même restera sur place, conformément aux recommandations de l’UNESCO. Une exposition temporaire est prévue en novembre au musée de la Marine de Toulon pour présenter les premiers résultats au grand public.
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