À Paris, la Cité de l’Économie consacre jusqu’au 20 septembre l’exposition All Inclusive, regards croisés sur le tourisme mondialisé à la photographe canadienne Kourtney Roy. À travers une trentaine d’images aux couleurs vives et à l’esthétique très scénarisée, le parcours examine l’envers du décor touristique : derrière les piscines turquoise, les motels photogéniques et les traversées de ferry, apparaissent aussi la standardisation des destinations, les déséquilibres économiques et la pression exercée sur les territoires.
Un imaginaire séduisant, puis soudain inquiétant
Le choix de Kourtney Roy n’a rien d’anodin. Son univers visuel, à mi-chemin entre la carte postale, le cinéma et la satire, épouse parfaitement le sujet. À Citeco, les photographies issues notamment de The Tourist, Sorry, No Vacancy et In Between composent un faux album de vacances où tout semble d’abord désirable avant de devenir étrange, vide ou artificiel.
Invitée de France Culture, la directrice de Citeco Vida Konikovic résume cette tension en soulignant que l’artiste met en scène « un imaginaire du tourisme qui oscille entre glamour et artificialité, avec beaucoup d’humour ». Elle ajoute que ces images reflètent aussi les contradictions du voyageur contemporain, partagé entre désir d’évasion et confrontation au « revers du décor ». Ce décalage est précisément ce que l’exposition cherche à faire sentir, en confrontant les promesses du tourisme globalisé à ses effets bien réels.
Le tourisme, puissance économique aux lourdes conséquences
L’exposition ne se contente pas de montrer : elle contextualise. Toujours sur France Culture, Vida Konikovic rappelle que le tourisme représente à lui seul « 10 % du produit intérieur brut mondial », ce qui en fait l’un des grands moteurs de l’économie internationale. Mais cette puissance s’accompagne, dit-elle, de nombreuses « externalités négatives » liées notamment à la pollution, au réchauffement climatique, aux mobilités et à la mondialisation.
Dans cette lecture économique, les images de Kourtney Roy deviennent ainsi des portes d’entrée vers des questions très concrètes : consommation massive des ressources, mise en scène marchande des paysages, surtourisme ou encore transformation des lieux en décors saisonniers. En faisant dialoguer art contemporain et analyse économique, Citeco signe une exposition doublement réussie : visuellement attirante, mais assez acide pour troubler durablement le regard du visiteur sur l’industrie des vacances.
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