Le film de Greta Gerwig, annulé début août à la suite de menaces, sera finalement diffusé ce mardi 9 septembre dans une école du quartier du Londeau à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). La séance, organisée par la mairie, sera précédée d’un débat intitulé « Que faire quand la création culturelle est prise pour cible ? ».
Retour d’un film devenu symbole
Le 8 août, la projection en plein air de Barbie avait été stoppée net après l’intervention d’un petit groupe d’hommes menaçants. Selon la municipalité, ils avaient intimidé les agents culturels en affirmant que l’œuvre « prônait l’homosexualité » et représentait « une atteinte à l’intégrité de la femme ». Devant la tension, le maire Olivier Sarrabeyrouse (PCF) avait choisi l’annulation, dénonçant « l’obscurantisme et le fondamentalisme », tout en regrettant la récupération politique qui avait suivi, de la droite à l’extrême droite. La polémique avait dépassé le cadre local : la ministre de la Culture, Rachida Dati, et le préfet de police Laurent Nuñez avaient condamné la déprogrammation, dénonçant des actes « contraires aux fondements de la République ».
Un choix assumé malgré les tensions locales
Un mois plus tard, la mairie a décidé de reprogrammer le film dans l’école primaire Rimbaud. « Il n’y a pas de zone de non-droit culturel », affirme l’édile, qui explique avoir hésité mais avoir été convaincu par des associations locales, en particulier des femmes, refusant que d’autres décident à leur place ce qui serait acceptable ou non pour leurs enfants. Dans le quartier, la décision reste controversée. Une affiche hostile « Pas de Barbie au Londeau. Respectons nos enfants » circule, relayée par l’Union des parents d’élèves indépendants, qui critique l’usage des locaux scolaires à des fins « culturelles et politiques ». Certains habitants estiment que la méthode de la mairie a créé de la crispation, rappelant qu’un projet associatif de cinéma en plein air avait été écarté par l’actuelle équipe municipale en 2022.
Des menaces toujours sans suite judiciaire
L’identité des individus qui avaient fait pression début août n’a pas été élucidée. Le maire a porté plainte contre X, mais aucune interpellation n’a eu lieu. Les agents municipaux menacés n’ont pas déposé plainte, « par peur de représailles ». Selon une source locale, un jeune homme de 25 ans, décrit comme « agitateur », aurait joué un rôle clé dans l’altercation avant de quitter le territoire. La projection de ce mardi, organisée sous surveillance, sera donc autant un rendez-vous culturel qu’un test pour l’autorité municipale dans un quartier où les tensions politiques et communautaires restent vives.