"L’Inconnu de la Grande Arche" : quand un cube devient une tragédie d’État
"L’Inconnu de la Grande Arche" : quand un cube devient une tragédie d’État

Avec son nouveau film, en salles ce mercredi 5 novembre, Stéphane Demoustier fait revivre l’un des plus ambitieux projets architecturaux du premier septennat de François Mitterrand : la construction de la Grande Arche de La Défense. Une fresque captivante sur fond de démesure politique, de rêves brisés et de bras de fer artistique.

Quand la politique choisit un inconnu pour incarner la grandeur

En 1983, au terme d’un concours international, un nom tombe à la stupeur générale : celui du Danois Johan Otto von Spreckelsen. Inconnu du grand public comme des professionnels français, l’architecte de 53 ans est chargé d’élever un monument gigantesque dans l’axe du Louvre et de l’Arc de Triomphe. Une Arche moderne censée symboliser l’ouverture et l’humanisme, selon la vision présidentielle.

Mais très vite, les rouages politiques et techniques viennent gripper la mécanique. Spreckelsen, idéaliste farouchement attaché à sa vision – un immense cube blanc, pur et sans concession – refuse tout compromis. Pour l’épauler (et le contrôler), l’Élysée mandate Paul Andreu, architecte chevronné à l’origine notamment des aéroports de Roissy, dans l’espoir de canaliser l’élan artistique du Danois sans sacrifier la faisabilité du chantier.

Ce binôme désaccordé devient le moteur dramatique du film. D’un côté, un créateur passionné, solitaire et rigide ; de l’autre, un homme de dossiers, rompu aux contraintes budgétaires et aux pressions administratives. Leur collaboration tendue révèle les tensions éternelles entre art, politique et réalités économiques. Le film s’appuie sur le livre de Laurence Cossé publié chez Gallimard, qui retrace cette aventure hors norme.

Entre satire du pouvoir et tragédie d’un homme

Sous la plume et la caméra de Stéphane Demoustier, ce récit devient aussi celui d’une époque. Le réalisateur installe avec ironie le contexte des années Mitterrand, où les projets présidentiels titanesques se succèdent, parfois au mépris du bon sens. Des scènes cocasses, comme celle où le président inspecte les dalles en marbre de Carrare en bottes, viennent ponctuer une narration plus grave, marquée par l’épuisement et l’isolement progressif de Spreckelsen.

Car derrière l’utopie architecturale, c’est bien un effondrement personnel qui se joue. L’architecte finit par abandonner le chantier avant son achèvement. Il décède en 1987, deux ans avant l’inauguration du monument, laissant derrière lui une œuvre inachevée selon ses propres termes – mais bel et bien debout dans le paysage parisien.

Dans le rôle principal, Claes Bang incarne un Spreckelsen habité, aux côtés de Swann Arlaud en Paul Andreu, et Michel Fau en François Mitterrand, entouré de sa cour politique où l’on reconnaît aussi un Xavier Dolan en conseiller zélé. Le film, présenté à Cannes et au Festival d’Angoulême, ne montre jamais l’Arche achevée. La famille de l’architecte a refusé d’en autoriser la représentation, invoquant le droit d’auteur. Un contournement narratif intelligent, qui renforce la portée symbolique de cette histoire : l’œuvre rêvée reste inaccessible, comme son créateur.

Que retenir rapidement ?

Avec son nouveau film, en salles ce mercredi 5 novembre, Stéphane Demoustier fait revivre l’un des plus ambitieux projets architecturaux du premier septenn

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