Avec ce drame sec et mordant tourné en onze jours sur iPhone, Radu Jude explore les remords d’une huissière confrontée à la mort d’un sans-abri, dans une Roumanie tiraillée entre modernisation et fracture sociale.
Une expulsion qui tourne au drame
Réalisé dans l’urgence avec des moyens réduits, Kontinental ’25 s’éloigne des expérimentations visuelles habituelles de Radu Jude pour adopter une forme épurée, presque documentaire. Le film suit Orsolya, huissière de justice à Cluj, en Transylvanie, envoyée pour expulser Ion, un sans-abri vivant dans la chaufferie d’un immeuble promis à la démolition. Quelques instants après son arrivée, l’homme se suicide.
Même si aucune faute juridique ne lui est reprochée, Orsolya plonge dans une spirale de culpabilité. Incapable de reprendre le cours normal de sa vie, elle cherche du réconfort auprès de ses proches – son mari, sa mère, un prêtre, une amie. Tous tentent de la rassurer, mais elle revient sans cesse à la même formule : « Je ne suis pas responsable, mais… ». Cette faille morale devient le moteur du film, à la fois intime et politique.
Le scénario s’inspire d’un fait divers qui avait marqué le réalisateur, dans une Roumanie en pleine mutation où les plus fragiles sont laissés de côté. Le tournage, effectué en onze jours avec un iPhone 15 et une lumière naturelle, renforce l’impression de proximité et de tension continue.
Morale, satire et références cinéphiles
Présenté en ouverture de la rétrospective Radu Jude au Centre Pompidou et récompensé à la Berlinale 2025 par l’Ours d’argent du meilleur scénario, Kontinental ’25 aborde des thèmes graves — marginalité, responsabilité, solitude — avec un humour noir qui n’épargne personne. Dans une scène aussi absurde que glaçante, un serrurier entonne Stayin’ Alive des Bee Gees pendant un massage cardiaque improvisé sur le corps du sans-abri. Ce mélange de dérision et de désespoir traverse le film de bout en bout.
Tourné en parallèle d’un autre projet, Dracula, Kontinental ’25 puise dans le minimalisme formel pour mettre en valeur la puissance des dialogues, souvent filmés en plans fixes. Le récit rappelle Europe 51 de Roberto Rossellini — dont le titre est ici pastiché — mais aussi l’univers de Dostoïevski, avec une héroïne rongée par un dilemme moral plus fort que le verdict de la loi.
Porté par Eszter Tompa dans un rôle dense et trouble, ce nouveau film confirme la capacité de Radu Jude à mêler satire sociale et réflexion existentielle, tout en renouvelant sans cesse ses formes narratives.
Que retenir rapidement ?
Avec ce drame sec et mordant tourné en onze jours sur iPhone, Radu Jude explore les remords d’une huissière confrontée à la mort d’un sans-abri, dans une R