Etty : Hagai Levi ressuscite une héroïne méconnue de la Shoah dans une série résolument contemporaine
Etty : Hagai Levi ressuscite une héroïne méconnue de la Shoah dans une série résolument contemporaine

Disponible sur arte.tv dès le 13 mai 2026, puis diffusée sur Arte les jeudis 21 et 28 mai, la série Etty est signée Hagai Levi, créateur d’En thérapie, The Affair et Scènes de la vie conjugale. Elle retrace le destin d’Esther Hillesum, intellectuelle juive néerlandaise née en 1914, assassinée à Auschwitz en 1943. Étudiante en droit, passionnée de littérature russe et de philosophie, Etty vit à Amsterdam lorsque les Pays-Bas tombent sous l’occupation nazie. C’est sa rencontre avec Julius Spier, psychologue et chirologue, qui la pousse à tenir un journal, les textes qui ont fasciné Hagai Levi et donné naissance à la série. Julia Windischbauer incarne le personnage principal face à Sebastian Koch dans le rôle de Spier.

Un journal « ultra moderne », une mise en scène délibérément contemporaine

Le choix esthétique du réalisateur surprend d’emblée : Amsterdam est filmée telle qu’elle est aujourd’hui, avec des décors, des vêtements et une ville qui ne se déguisent pas en années 1940. « Depuis le départ, je ne voulais pas d’une série historique. C’était ma façon de rester loyal à l’écriture d’Etty Hillesum, que je trouvais ultra moderne », explique Levi aux Inrockuptibles. « Quand on voit un film historique sur cette période, on se sent éloigné des personnages. On a l’impression que ce sont des personnes du passé, et on ne ressent pas assez ce qu’elles ont traversé », confie-t-il à Radio France. Ce parti pris visuel déplace le regard : le fascisme n’apparaît plus comme une archive lointaine, mais comme une mécanique de dépossession qui peut parler au présent. Le journal d’Etty Hillesum, publié après-guerre sous le titre Une vie bouleversée, est décrit par Levi comme « plus complexe » et « plus controversé » que celui d’Anne Frank, mal reçu par une partie de la communauté juive en raison de ses résonances chrétiennes et de l’absence de conscience identitaire juive de son autrice.

Une femme qui choisit d’aller vers les camps pour aider, et y meurt

La série en six épisodes montre les persécutions antijuives progresser par étapes dans une Amsterdam occupée, sans jamais montrer la violence frontalement, mais en la rendant terriblement présente, un couvre-feu, des vélos à rendre, des convocations à la police. Etty travaille d’abord pour le Conseil juif d’Amsterdam, structure créée sous contrôle nazi, avant de demander à rejoindre le camp de transit de Westerbork pour venir en aide aux personnes internées. « Etty n’a pas souhaité mourir, elle ne pensait pas être tuée. Elle a voulu travailler dans ce camp pour aider les autres », précise Levi à Radio France. Déportée à Auschwitz en septembre 1943 avec sa famille, elle y décède quelques semaines plus tard. « Je ne me suis pas lancé dans une série politique, qui dirait que cela peut se reproduire. Pourtant, quand on la regarde, on conçoit que cette histoire nous semble beaucoup plus proche », ajoute-t-il.

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