Après son dernier salut, retour sur le radical « Hamlet:Fantômes » de Kirill Serebrennikov au Théâtre du Châtelet
Après son dernier salut, retour sur le radical « Hamlet:Fantômes » de Kirill Serebrennikov au Théâtre du Châtelet

Clôturé ce dimanche, Hamlet/Fantômes a marqué la rentrée théâtrale parisienne. Mis en scène par Kirill Serebrennikov, ce spectacle hybride présenté du 7 au 19 octobre au Théâtre du Châtelet offre une réinvention libre et radicale de la tragédie de Shakespeare. Déployée en dix tableaux éclatés et multilingues, cette version secoue les conventions tout en interrogeant la permanence du mythe.

Une structure chorale et fragmentée

Ici, pas de narration linéaire ni de personnage principal figé : plusieurs comédien·nes incarnent successivement Hamlet, chacun révélant une facette différente de la figure tourmentée. Le spectacle est organisé en dix séquences indépendantes, abordant les grands thèmes de la pièce originale – la mort, le théâtre, le père, le pouvoir – comme autant d’épisodes d’un récit éclaté.

Le décor, unique et frappant, représente un salon décrépit du XVIIIe siècle, à la fois lieu d’intimité et d’effondrement, où cohabitent les fantômes du passé et les angoisses contemporaines. La scénographie sert une mise en scène résolument visuelle, qui mêle la vidéo, la danse, les langues (français, anglais, allemand, russe) et un jeu de lumière évoquant tantôt l’onirisme, tantôt la violence. Tous les éléments concourent à déstabiliser les repères du spectateur, sans jamais perdre de vue l’enjeu central : explorer l’instabilité du moi.

Un théâtre sensoriel et politique

Cette version d’Hamlet puise autant dans Shakespeare que dans l’histoire du théâtre lui-même. Judith Chemla incarne, entre autres, Sarah Bernhardt, la première femme à avoir joué Hamlet en France. August Diehl, quant à lui, revisite Artaud et ses fulgurances sur la cruauté. Le spectacle devient alors un espace de réflexion sur les héritages artistiques, les identités mouvantes et la résonance politique de la scène.

La musique, écrite pour l’occasion par Blaise Ubaldini, structure le récit comme une trame invisible. Interprétée en direct par des instrumentistes et chanteurs, elle n’habille pas la scène : elle la construit. Le compositeur a déclaré avoir conçu cette partition pour qu’elle « dialogue » avec le corps des interprètes, et non pour les accompagner simplement. Ce choix renforce l’aspect performatif de la proposition, à mi-chemin entre concert, installation vivante et théâtre total.

Serebrennikov, dans un entretien avec le Théâtre du Châtelet, a expliqué qu’il ne voulait pas « mettre en scène Shakespeare », mais « écrire [sa] propre version d’Hamlet à travers les fantômes qui le hantent ». Cette déclaration, exclusive à la communication du théâtre, éclaire la démarche du metteur en scène : se libérer du texte sans trahir son cœur tragique, en faire résonner les failles dans notre époque.

Hamlet/Fantômes n’est donc pas une relecture fidèle, mais un prisme éclaté. Une création intense, déroutante, qui préfère l’interrogation à la réponse, et fait du théâtre un lieu de tension permanente entre les vivants et les spectres.

Que retenir rapidement ?

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