Dans les plaines fertiles du Pendjab pakistanais, des milliers de familles sont plongées dans le désarroi après des inondations d’une ampleur inédite depuis près de quarante ans. Les pluies de mousson et la montée brutale des eaux de la rivière Chenab ont englouti plus de 2 000 villages, emportant maisons, récoltes et bétail, et menaçant désormais la stabilité économique du pays.
Selon l’autorité provinciale de gestion des catastrophes, plus de deux millions de personnes ont été touchées par la catastrophe. Près de 760 000 habitants ont dû être évacués, ainsi que plus d’un demi-million d’animaux. Les autorités déplorent déjà au moins 33 morts en moins d’une semaine, un bilan appelé à s’alourdir à mesure que les secours progressent dans les zones sinistrées.
Les témoignages des habitants traduisent l’ampleur du drame. « Treize de mes six hectares ont disparu », raconte Muhammad Amjad, 45 ans, agriculteur de riz et de pommes de terre à Chiniot, devant ses champs noyés. « Notre rizière est complètement détruite. Femmes et enfants ont été évacués. Les hommes gardent ce qui reste. » Comme lui, des milliers de cultivateurs ont perdu la quasi-totalité de leurs moyens de subsistance.
Les pertes agricoles inquiètent particulièrement, car elles mettent en péril la sécurité alimentaire d’un pays déjà fragilisé par une inflation persistante. Riz, pommes de terre, légumes et fourrage pour le bétail ont été balayés par les eaux, annonçant des mois de pénurie et une flambée des prix. « Tout ce que nous avions construit en une vie s’est effondré en quelques jours », déplore Amish Sultan, 50 ans, un autre agriculteur du district.
Des centaines de camps de fortune se sont dressés à la hâte pour abriter les sinistrés. Mais les conditions y sont précaires : boue, manque d’eau potable, absence de soins médicaux et risque de maladies hydriques aggravent encore la détresse des réfugiés climatiques. Dans certaines zones, des familles entières dorment à ciel ouvert, exposées aux moustiques et aux fortes chaleurs.
Les autorités locales, épaulées par l’armée, tentent d’apporter nourriture et assistance médicale, mais les moyens restent limités face à l’ampleur des besoins. Le gouvernement du Pendjab a prévenu que la reconstruction prendra des années, alors que la province est considérée comme le grenier à blé du pays. Ces inondations, les plus graves depuis 1988, risquent de fragiliser durablement l’économie nationale et d’accentuer les tensions sociales dans un Pakistan déjà confronté à de multiples crises.