Le jury du World Press Photo 2026 a passé en revue 57 376 photographies soumises par 3 747 photographes issus de 141 pays avant de désigner sa lauréate. C’est la photographe américaine Carol Guzy, de l’agence ZUMA Press et de l’institut iWitness, travaillant pour le Miami Herald, qui remporte la Photo de l’Année avec un cliché intitulé Séparés par l’ICE. L’image a été prise le 26 août 2025 au sein du Jacob K. Javits Federal Building à New York, l’un des rares bâtiments fédéraux encore accessibles aux journalistes pour documenter les opérations en cours. On y voit deux fillettes en larmes s’agripper désespérément au sweat-shirt de leur père Luis, un migrant équatorien du Bronx, au moment où des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) l’interpellent à l’issue d’une audience devant un tribunal de l’immigration. Selon ses proches, Luis n’a aucun casier judiciaire et constitue l’unique source de revenus de sa femme Cocha et de leurs trois enfants.
Un travail de terrain répété, une récompense dédiée aux familles photographiées
Carol Guzy s’est rendue jour après jour dans ce couloir de tribunal pour documenter des arrestations touchant des personnes venues de bonne foi à leurs convocations. « Le simple fait de documenter ce qui se passe, de montrer que des personnes peuvent réellement disparaître sans aucune trace, je pense que c’est un rôle absolument essentiel que joue la presse », a-t-elle déclaré à l’AFP. Dans son discours de remerciement, elle a ajouté : « Ce prix leur appartient, et non à moi. » Pour Joumana El Zein Khoury, directrice exécutive du World Press Photo, ce cliché illustre la déchirure « dans un lieu censé rendre la justice » et constitue un exemple frappant du rôle du photojournalisme indépendant face aux politiques migratoires.
Deux finalistes qui prolongent le fil du témoignage et de la justice
Les deux photos finalistes s’inscrivent dans la même ligne éditoriale du regard qui force à voir. La première, Crise humanitaire à Gaza, du photojournaliste Saber Nuraldin pour EPA Images, montre des Palestiniens grimpant sur un camion d’aide humanitaire entrant par le passage de Zikim le 27 juillet 2025, pour tenter d’obtenir de la nourriture. Son auteur, né à Gaza et documentant la vie dans la bande depuis 1997, confie à l’AFP avoir vécu « la même faim, la même peur et le même poids émotionnel » que les personnes photographiées. Selon l’ONU, au moins 2 435 Palestiniens ont été tués entre fin mai et début octobre 2025 alors qu’ils cherchaient à se nourrir. La seconde finaliste, Les procès des femmes Achi, de Victor J. Blue pour le New York Times Magazine, est un portrait en noir et blanc de femmes autochtones guatémaltèques sortant victorieuses d’un tribunal après une bataille judiciaire de 42 ans contre leurs agresseurs. Le jury a salué « la dignité et l’autorité » que dégage l’image, en rupture avec les représentations habituelles de ces femmes comme « des sujets impuissants ».
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