Le procès d’une nourrice de 42 ans, jugée pour avoir volontairement contaminé des aliments dans une famille juive à Levallois-Perret, s’est tenu mardi devant le tribunal de Nanterre. Le parquet a requis trois ans de prison ferme, assortis d’une interdiction du territoire français pendant dix ans, en retenant la circonstance aggravante d’antisémitisme. Les faits remontent à janvier 2024. Des odeurs suspectes et des goûts chimiques dans des boissons et des plats alertent les parents d’une fratrie de trois enfants âgés de 2 à 7 ans. Très vite, les soupçons se portent sur leur nourrice, d’origine algérienne. Des analyses confirment la présence de produits ménagers dans une bouteille de vin, du whisky et du jus de raisin. Un plat de pâtes, préparé avec l’un des alcools contaminés, est également touché. Aucun membre de la famille n’a été gravement blessé, mais les conséquences psychologiques sont lourdes : la mère obtient 25 jours d’ITT, le père huit.
Antisémitisme ou différend personnel ?
L’affaire a pris un tour nettement plus grave à la suite d’une phrase prononcée lors d’une perquisition au domicile de l’accusée : « Je n’aurais jamais dû travailler pour une Juive, ils ont de l’argent et le pouvoir. » Ces propos ont aussitôt attiré l’attention d’organisations comme la Licra, SOS Racisme ou le Crif, toutes présentes à l’audience, déterminées à faire reconnaître un mobile antisémite. Les avocats de la famille évoquent une obsession manifeste pour la religion juive : des questions posées aux enfants, des recherches répétées sur le judaïsme dans le téléphone de la prévenue, et un ciblage précis des aliments consommés lors du Shabbat. L’un des conseils de la partie civile dénonce une forme inédite d’hostilité larvée, qualifiée d’« antisémitisme d’intimité », insidieux, caché dans la routine domestique. Il évoque une haine alimentée par des stéréotypes anciens mêlant judaïsme, pouvoir et argent, qui se serait infiltrée dans une relation de travail ordinaire jusqu’à dériver en geste criminel.
La défense tente, elle, de réorienter le dossier vers un contentieux plus terre-à-terre
L’avocate de la nourrice insiste sur des tensions salariales persistantes entre sa cliente et ses employeurs, évoquant un conflit sur les conditions de travail et la rémunération. Concernant la phrase incriminée, elle invoque une expression maladroite, qu’il ne faudrait pas, selon elle, surinterpréter : la prévenue aurait simplement désigné son employeur selon son origine, sans intention haineuse. Le tribunal devra trancher entre ces deux lectures radicalement opposées. D’un côté, une tentative d’empoisonnement dissimulant une motivation raciste ; de l’autre, un conflit privé dégénéré, où les mots ont dépassé la pensée. Le verdict est attendu le 18 décembre. Quelle que soit l’issue, cette affaire met en lumière une violence silencieuse et rare, née dans l’espace clos de l’intimité domestique, où la confiance entre employeur et employé s’est transformée en menace.