Alors que les politiques publiques misent sur la réduction des déchets depuis plusieurs années, la tendance s’avère plus nuancée. En France, les habitants produisent toujours autant de déchets, mais ils les trient davantage, selon les chiffres dévoilés ce mercredi 4 juin 2025 par l’Insee. En dix ans, le tri sélectif a progressé de 21 %, bien que le volume total de déchets ait légèrement augmenté.
Une progression du tri, sans réduction globale
En 2021, chaque Français a généré en moyenne 615 kg de déchets ménagers et assimilés, ce qui représente une hausse de 4 % depuis 2011. Pourtant, dans le même temps, les ordures ménagères classiques, dites résiduelles, ont reculé de 14 %, au profit des déchets mieux triés : emballages, papiers, verre ou biodéchets. Ces derniers représentent désormais environ 20 % des volumes collectés, tandis que 40 % des déchets finissent encore dans les poubelles grises. Les biodéchets, encombrants et gravats du BTP, de leur côté, complètent le tableau. Le tri est devenu obligatoire en France, aussi bien pour les papiers et emballages depuis 2023, que pour les déchets alimentaires et verts depuis 2024. Pourtant, l’objectif de réduction de 10 % des déchets ménagers d’ici 2020, inscrit dans la loi sur la transition énergétique, n’a pas été atteint.
Entre consommation, territoires et inégalités sociales
Si les déchets triés sont de plus en plus valorisés — recyclage, compostage, méthanisation ou incinération avec récupération d’énergie —, le taux de refus dans les centres de tri atteint encore 30 %. Autrement dit, près d’un tiers des déchets mal triés ne peuvent être recyclés. Les différences territoriales restent marquées : les zones touristiques, notamment en bord de mer, affichent des quantités de déchets bien supérieures à la moyenne. À l’inverse, les communes ayant instauré une tarification incitative — dans le Grand Est, les Pays de la Loire ou la Bourgogne-Franche-Comté — enregistrent une collecte plus faible. Mais c’est dans les Landes, les Côtes-d’Armor et le Finistère que les volumes collectés par habitant sont les plus élevés. Enfin, le niveau de vie et le mode de consommation pèsent lourd : les foyers les plus aisés génèrent davantage de déchets, souvent liés aux produits suremballés ou jetables. À l’opposé, les pratiques d’achat d’occasion ou de vrac, plus répandues chez d’autres profils, tendent à limiter la production. L’environnement résidentiel compte aussi : les maisons, en particulier à cause des déchets verts, produisent bien plus de rebuts que les appartements.