À Paris-Saclay et Lannion, Nokia France acte la suppression de 421 postes
À Paris-Saclay et Lannion, Nokia France acte la suppression de 421 postes

La restructuration engagée par Nokia en France franchit une nouvelle étape. Après plusieurs semaines de négociations, la filiale française de l’équipementier finlandais de télécommunications a conclu un accord avec une partie des organisations syndicales prévoyant la suppression de 421 postes. Cette réduction d’effectifs, formalisée le 22 décembre, concerne deux sites majeurs du groupe et représente plus de 18 % des salariés de Nokia en France. L’accord a été signé par les syndicats CFDT et CFE-CGC, majoritaires au sein de l’entreprise, à l’issue d’échanges entamés à l’automne. Il repose sur le recours à une rupture conventionnelle collective, un dispositif juridique qui permet des départs volontaires sans obligation de justification économique détaillée. La mesure reste toutefois conditionnée à une validation de l’administration du travail, attendue dans les prochaines semaines. Dans le détail, la plus grande part des suppressions d’emplois concerne le site de Paris-Saclay, où 343 postes sont appelés à disparaître. Le site breton de Lannion, troisième implantation industrielle de Nokia en France, est également touché, avec 78 suppressions de postes annoncées. Au total, l’entreprise compte environ 2 300 salariés sur le territoire national, ce qui donne la mesure de l’impact social de cette décision.

Un accord partiel sur fond de désaccord syndical

Si deux syndicats ont validé le texte, l’unité syndicale n’a pas été atteinte. La CGT a refusé de signer l’accord, dénonçant une orientation qu’elle juge dangereuse pour l’avenir industriel du groupe en France. L’organisation estime que ce nouveau plan s’inscrit dans une logique de réduction continue des effectifs, sans remise en question de la stratégie globale de l’entreprise. Elle évoque une forme de démantèlement progressif, particulièrement sensible sur des sites à forte expertise technologique comme celui de Lannion. Ce refus tranche avec les positions antérieures de la CGT, qui avait accepté les deux précédents dispositifs de rupture conventionnelle collective mis en place en 2023 et 2024. Pour le syndicat, ces outils sont devenus des instruments de gestion quasi routiniers, permettant d’enchaîner les réductions de postes sans débat de fond sur l’orientation industrielle, la recherche ou l’innovation à long terme. Du côté des signataires, le discours se veut plus nuancé. La CFE-CGC reconnaît que les suppressions d’emplois constituent une épreuve pour les salariés concernés, mais souligne que le caractère volontaire des départs peut représenter une opportunité pour certaines catégories de personnel. Selon cette organisation, l’un des enjeux sous-jacents du plan est de faire évoluer la pyramide des âges au sein de l’entreprise, dont la moyenne est jugée élevée.

Des départs volontaires dès 2026 et une inquiétude persistante

Concrètement, les salariés éligibles pourront se porter volontaires pour un départ à compter de janvier 2026, et ce jusqu’à la fin du mois de juin. Les modalités d’accompagnement, notamment financières et en matière de reconversion, constituent un élément central de l’accord, même si elles ne dissipent pas toutes les inquiétudes. L’administration devra encore donner son feu vert définitif avant la mise en œuvre effective du dispositif. Cette nouvelle réduction d’effectifs intervient dans un contexte plus large de réorganisation du secteur des télécommunications, marqué par une concurrence internationale accrue, des cycles d’investissement irréguliers et une pression constante sur les coûts. Pour Nokia, l’enjeu est de maintenir sa compétitivité sur des marchés stratégiques comme la 5G et les infrastructures de réseaux, tout en ajustant sa structure de coûts. Sur le terrain, l’annonce ravive les tensions, notamment en Bretagne, où le site de Lannion est régulièrement présenté comme un pôle d’excellence technologique. Les élus locaux et régionaux suivent le dossier de près, certains appelant à une réflexion européenne sur la souveraineté industrielle et la protection des compétences clés. À court terme, l’accord signé permet à Nokia France de sécuriser juridiquement son plan de réduction d’effectifs. À plus long terme, il laisse toutefois ouverte la question de la place que l’entreprise entend accorder à ses implantations françaises dans sa stratégie mondiale, un point sur lequel les syndicats opposés à l’accord promettent de rester particulièrement vigilants.

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