Ampere absorbée par Renault : la fin d’une filiale, pas celle de l’électrique
Ampere absorbée par Renault : la fin d’une filiale, pas celle de l’électrique

Le groupe Renault a acté, le 21 janvier 2026, la disparition d’Ampere en tant que filiale autonome. Présentée aux partenaires sociaux par le directeur général François Provost, la décision marque un changement stratégique important dans l’organisation de l’électrique. L’entité, créée en 2023 pour incarner l’ambition zéro émission et logicielle du constructeur, est réintégrée au sein du groupe. Une page se tourne, sans remettre en cause la trajectoire industrielle engagée. Lancée avec l’objectif de regrouper toutes les activités électriques et logicielles dans une structure distincte, Ampere devait initialement être introduite en Bourse. Le projet visait à créer un « pure player » européen de la voiture électrique, capable de séduire les investisseurs par une gouvernance dédiée et des objectifs financiers ambitieux. L’introduction en Bourse, prévue fin 2023, devait valoriser l’entité à plusieurs milliards d’euros et accompagner une montée en puissance rapide des ventes de véhicules électriques. Cette stratégie reposait sur une promesse centrale : réduire drastiquement les coûts de production afin de proposer des modèles électriques au prix des thermiques. La feuille de route prévoyait une baisse de 40 % des coûts entre deux générations de véhicules, portée par de nouvelles plateformes, une industrialisation optimisée et des avancées sur les batteries. Les objectifs financiers étaient élevés, avec une perspective de chiffre d’affaires de plus de 10 milliards d’euros dès 2025 et une marge opérationnelle à deux chiffres à l’horizon 2030.

Une ambition freinée par le contexte de marché

Très vite, la réalité des marchés est venue percuter ce scénario. Début 2024, Renault a renoncé à l’introduction en Bourse d’Ampere, invoquant des conditions de marché défavorables. Le refroidissement des investisseurs vis-à-vis des acteurs spécialisés de l’électrique, combiné aux performances boursières décevantes de plusieurs constructeurs dédiés à l’EV, a rendu l’opération moins pertinente. Sans IPO, l’intérêt d’une filiale juridiquement distincte s’est progressivement estompé. Dans les faits, les projets industriels n’ont jamais été arrêtés. Les modèles emblématiques, de la Renault 5 électrique au Scenic nouvelle génération, en passant par la future Twingo à bas coût, ont continué d’avancer. Mais la structure financière et organisationnelle pensée pour séduire les marchés a perdu sa raison d’être.

Retour dans le giron du groupe

Le plan présenté aux syndicats acte donc la fermeture d’Ampere en juillet 2026 et la réintégration de ses activités au sein de Renault Group. Les sites industriels du nord de la France, les chaînes de production et les équipes d’ingénierie repassent sous responsabilité directe du groupe. Environ 11 000 salariés sont concernés par ce changement de périmètre, sans annonce de licenciements directs. La direction mise sur des dispositifs de départs anticipés déjà existants pour accompagner d’éventuels ajustements. Sur le plan opérationnel, l’électrique ne disparaît pas comme priorité stratégique. Les équipes d’ingénierie, notamment dans l’électronique de puissance et le logiciel, conservent leurs missions. Ampere devient davantage une bannière interne qu’une entité autonome, un label d’expertise intégré à l’organisation globale.

Une simplification assumée

Du côté des représentants du personnel, la décision apparaît moins brutale qu’il n’y paraît. Plusieurs organisations syndicales estiment que la simplification était attendue, compte tenu de l’abandon de l’introduction en Bourse. Le changement de gouvernance engagé par François Provost s’inscrit dans une logique plus large de rationalisation, déjà visible avec la réintégration d’autres activités auparavant séparées. Avec cette décision, Renault tourne le dos à une organisation inspirée des startups pour revenir à un modèle industriel plus classique. L’enjeu, désormais, sera de démontrer que cette intégration permet de gagner en efficacité, sans ralentir l’innovation ni affaiblir l’offensive électrique du groupe. Pour les clients comme pour les salariés, l’électrique reste au cœur de la stratégie, mais sans l’emballage financier qui avait accompagné la naissance d’Ampere.

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