Les chiens semblent accorder une attention particulière aux pleurs humains. Une étude publiée dans Scientific Reports a observé le comportement de 112 chiens placés face à un humain simulant soit des pleurs, soit un chant. Les chercheurs ont travaillé avec trois profils très différents : des chiens de compagnie, des chiens vivant en refuge et des chiens vivant librement. Dans l’ensemble, les animaux ont davantage regardé, approché ou recherché le contact avec la personne lorsqu’elle pleurait que lorsqu’elle chantait. Le phénomène apparaissait même lorsque la personne n’était pas familière au chien, ce qui suggère que la réaction ne dépend pas uniquement du lien avec son propriétaire.
L’expérience ne permet toutefois pas de conclure qu’un chien « comprend » la tristesse humaine au sens où un humain l’interpréterait. Les chercheurs parlent plutôt de sensibilité à un signal émotionnel et social particulièrement saillant. Les pleurs possèdent en effet des caractéristiques acoustiques différentes du chant et sont associés, au cours des interactions quotidiennes, à des situations de détresse. Un chien peut donc apprendre que ce type de vocalisation mérite davantage d’attention sans nécessairement se représenter précisément l’état mental de la personne.
L’histoire de vie du chien modifie fortement sa réaction
L’un des résultats les plus intéressants concerne les différences entre groupes. Les chiens de compagnie et ceux vivant en refuge se montrent davantage orientés vers l’humain que les chiens vivant librement. Ces derniers manifestent plus souvent des comportements indépendants ou dirigés vers leur environnement. Pour les auteurs, cette différence souligne le rôle de l’expérience : plus un chien vit au contact étroit des humains et dépend d’eux dans sa vie quotidienne, plus il semble développer une attention fine à leurs signaux sociaux.
Les chiens de refuge fournissent à ce titre un résultat intéressant. Malgré une histoire parfois marquée par la rupture ou l’instabilité, ils restent fortement attentifs aux humains. Cela suggère que la socialisation passée et les interactions répétées peuvent laisser une empreinte durable. À l’inverse, les chiens vivant librement, moins dépendants des comportements humains pour obtenir nourriture, protection ou interaction, ont moins de raisons d’accorder systématiquement la même importance à un pleur.
Sensibilité émotionnelle ne signifie pas forcément empathie
L’étude met aussi en évidence un phénomène d’habituation : au fil des répétitions, les chiens deviennent moins engagés dans l’expérience et manifestent davantage de comportements non sociaux. Ce résultat va plutôt dans le sens d’une réaction à un signal inhabituel ou émotionnellement fort qu’à une compréhension permanente de l’état psychologique de la personne. Le fait que la familiarité de l’humain ait relativement peu d’effet renforce néanmoins l’idée que les pleurs eux-mêmes possèdent une valeur particulière pour le chien.
Les travaux récents sur la cognition canine vont dans la même direction : les chiens sont capables de distinguer certains signaux émotionnels humains, qu’ils soient vocaux, visuels ou même olfactifs, mais les chercheurs restent prudents lorsqu’il s’agit de parler d’empathie au sens humain. Une étude publiée cette année a par exemple montré que les chiens réagissent différemment à des vocalisations exprimant diverses émotions, tandis que d’autres travaux suggèrent qu’ils peuvent détecter des incohérences entre la voix et l’expression du visage de leur propriétaire.
Le scénario le plus probable se situe donc entre deux interprétations extrêmes. Le chien ne se contente pas forcément de répondre mécaniquement à un son inhabituel, puisque les pleurs déclenchent spécifiquement davantage de comportements dirigés vers l’humain. Mais rien ne permet encore d’affirmer qu’il ressent ou comprend notre tristesse comme le ferait une autre personne. Ce que montre surtout l’étude, c’est que des milliers d’années de cohabitation et, surtout, l’expérience individuelle ont rendu de nombreux chiens particulièrement attentifs aux signes de détresse humaine.

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