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Dauphins de Marineland, Beauval avait une solution, les obstacles financiers et judiciaires font capoter le projet

Dauphins de Marineland : Beauval avait une solution, les obstacles financiers et judiciaires font capoter le projet
Dauphins de Marineland : Beauval avait une solution, les obstacles financiers et judiciaires font capoter le projet

Le projet qui devait offrir une solution française à une partie des dauphins de Marineland ne verra finalement pas le jour. Le ZooParc de Beauval a annoncé l’abandon de son Centre d’Études, de Recherche Scientifique et de Sauvegarde pour Dauphins, imaginé notamment pour accueillir plusieurs cétacés de l’ancien parc d’Antibes. Après plusieurs mois d’études, le parc du Loir-et-Cher estime que les conditions financières et juridiques ne permettent plus de poursuivre l’opération. Le coût prévisionnel du centre a fortement augmenté : initialement évalué entre 25 et 30 millions d’euros, il atteint désormais environ 45 millions d’euros. Cette décision laisse surtout entière la question de l’avenir des dauphins de Marineland, alors que Beauval représentait jusqu’à présent la seule solution concrète permettant d’en accueillir une partie durablement en France.

Un projet demandé par l’État qui devait accueillir environ 25 dauphins

Beauval travaillait sur ce centre depuis l’été 2025, après avoir été sollicité par l’État pour étudier une solution à la fermeture de Marineland d’Antibes. Le projet était considérable. Il devait comprendre plusieurs grands bassins sous forme de lagons, des bassins médicaux ainsi que des installations consacrées aux soins, à la recherche scientifique et au sauvetage des animaux. Environ 25 dauphins auraient pu y être accueillis. Parmi eux figuraient au moins huit des douze dauphins de Marineland d’Antibes ainsi que onze animaux provenant de Planète Sauvage, près de Nantes. Ingénieurs, architectes, scientifiques, vétérinaires et services de l’État ont travaillé pendant plusieurs mois sur le dossier. Beauval indique avoir déjà consacré plus de 1,5 million d’euros aux études, expertises et travaux de conception.

La facture passe de 25-30 à 45 millions d’euros

Le coût du projet a finalement pesé lourd dans la décision. Alors que l’investissement avait initialement été estimé entre 25 et 30 millions d’euros, son montant prévisionnel est désormais évalué à 45 millions. Beauval souhaitait notamment qu’une partie du financement puisse bénéficier d’une garantie de l’État. Une possibilité qui n’a pas obtenu l’engagement attendu du gouvernement. À cette difficulté financière se sont ajoutés plusieurs recours juridiques engagés contre le projet. Pour Beauval, ces procédures créaient une incertitude trop importante pour engager un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros et assurer ensuite le fonctionnement du centre pendant des décennies. Les partenaires financiers ne pouvaient par ailleurs s’engager définitivement tant que les différents recours n’étaient pas purgés. « Les incertitudes juridiques et financières qui pèsent aujourd’hui sur le projet ne nous permettent pas de le mener dans des conditions acceptables », explique Rodolphe Delord, PDG du ZooParc de Beauval.

Plusieurs associations avaient engagé des recours

Le projet divisait profondément les associations de défense des animaux. Une dizaine d’ONG, parmi lesquelles One Voice et C’est Assez!, s’y étaient opposées et plusieurs procédures avaient été engagées. Les opposants contestaient notamment la poursuite d’un modèle reposant sur le maintien de dauphins en captivité et soulevaient la question de leur reproduction. D’autres associations avaient adopté une position différente. Sea Shepherd France avait notamment travaillé avec Beauval et les services de l’État à l’élaboration d’une charte destinée à encadrer les conditions d’accueil et le bien-être des animaux. Rodolphe Delord répond désormais directement aux opposants au projet. Selon lui, ceux qui ont combattu la construction du centre devront également répondre à la question de l’alternative proposée aux animaux : « S’opposer à une solution ne suffit pas, il faut être capable d’en proposer une autre qui soit au moins aussi bonne pour les animaux », estime-t-il.

Huit dauphins de Marineland transférés provisoirement en Espagne

L’abandon du centre de Beauval complique considérablement le dossier des anciens pensionnaires de Marineland. Le parc d’Antibes a fermé ses portes en janvier 2025. Depuis, le devenir de ses cétacés fait l’objet de longues discussions entre l’État, les parcs susceptibles de les accueillir et les associations de protection animale. Huit des douze dauphins qui se trouvaient encore à Antibes ont finalement été transférés en juillet 2026 au Selwo Marina de Benalmádena, près de Malaga, en Espagne. Ce transfert devait être provisoire. L’objectif était notamment de sortir les animaux des installations vieillissantes de Marineland dans l’attente d’une solution durable. Le centre de Beauval devait précisément permettre à plusieurs d’entre eux de revenir en France et d’être accueillis dans des installations spécialement construites pour eux. Cette perspective disparaît désormais.

Beauval craint un transfert des dauphins vers l’Asie

Rodolphe Delord ne cache pas son inquiétude concernant la suite. Le dirigeant redoute qu’en l’absence de solution européenne, certains animaux finissent par être transférés vers l’Asie. Ils pourraient alors, selon lui, rejoindre des hôtels ou des parcs d’attractions. « Nous sommes vraiment inquiets pour leur avenir », reconnaît le directeur de Beauval. Le problème dépasse d’ailleurs les seuls dauphins de Marineland. Lorsque Beauval avait présenté son projet, le parc estimait qu’environ 65 dauphins étaient en attente d’une solution de placement en Europe.

La loi de 2021 a bouleversé l’avenir des delphinariums

La situation est directement liée à l’évolution de la législation française. La loi de novembre 2021 contre la maltraitance animale prévoit notamment la fin des spectacles de dauphins et d’orques en France à partir de décembre 2026, sauf exceptions prévues pour certains établissements poursuivant notamment des objectifs scientifiques. Cette évolution a remis en cause le fonctionnement des delphinariums français et posé la question du devenir des animaux qui y vivaient depuis parfois plusieurs décennies. Le projet de Beauval devait constituer l’une des réponses à cette transition : non pas un simple delphinarium destiné aux spectacles, mais un centre consacré à l’accueil des animaux, aux soins, à la recherche scientifique et à leur sauvegarde.

Plus aucune solution française concrète pour les dauphins

Avec l’abandon du projet, aucune structure comparable et immédiatement réalisable n’est aujourd’hui annoncée en France pour accueillir ces dauphins. Beauval assure avoir étudié le dossier pendant plusieurs mois avant de conclure qu’un investissement de 45 millions d’euros ne pouvait être engagé avec les incertitudes financières et judiciaires actuelles. Le parc reprend désormais les autres projets qu’il avait reportés afin de donner la priorité au centre pour dauphins. Pour les anciens pensionnaires de Marineland, en revanche, le dossier revient pratiquement à son point de départ. Leur hébergement actuel en Espagne ne devait constituer qu’une étape transitoire. Le projet qui devait permettre à plusieurs d’entre eux de revenir durablement en France est désormais abandonné, et aucune alternative française équivalente n’est pour l’instant prête à prendre le relais.

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