Loukachenko gracie 42 opposants emprisonnés dans une tentative d’ouverture vers l’Occident
Loukachenko gracie 42 opposants emprisonnés dans une tentative d’ouverture vers l’Occident

Le président autoritaire du Bélarus, Alexandre Loukachenko, a annoncé mercredi la grâce de 42 activistes de l’opposition emprisonnés, une démarche perçue par les analystes comme une tentative de rapprochement avec l’Occident après des années d’isolement diplomatique.

Depuis l’élection présidentielle controversée de 2020, qui a vu Loukachenko obtenir un sixième mandat consécutif, le pays est secoué par une répression sévère. Plus de 65 000 personnes ont été arrêtées, selon des défenseurs des droits humains, tandis que des centaines de milliers de Bélarusses ont fui à l’étranger par crainte de persécutions. En réaction, les États-Unis et l’Union européenne ont imposé une série de sanctions économiques, renforçant la dépendance du régime vis-à-vis de la Russie, principal fournisseur de prêts et de ressources énergétiques bon marché pour Minsk.

Malgré son soutien affiché à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, Loukachenko a depuis l’année dernière entamé une série de gestes d’apaisement en libérant ponctuellement des prisonniers politiques. Entre juillet 2024 et janvier 2025, 258 détenus ont ainsi été graciés. Il a également relâché récemment trois Américains, dont Yuras Zyankovich, accusé d’avoir fomenté un coup d’État, dans ce que certains observateurs ont qualifié de « cadeau pour les 100 jours de Donald Trump au pouvoir ».

L’annonce de mercredi s’inscrit dans ce contexte. Selon le politologue Valery Karbalevich, cette nouvelle vague de grâces reflète « la volonté de Minsk de renouer le dialogue avec l’Occident, en particulier avec les États-Unis, pour atténuer les sanctions ». Les autorités affirment que cette décision coïncide avec les commémorations du 80e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie.

D’après le gouvernement, les personnes libérées – toutes condamnées pour des faits d’« extrémisme » – avaient « reconnu leur culpabilité et exprimé des remords ». Parmi elles, 14 souffrent de problèmes de santé chroniques ou de handicaps, et 10 ont plus de 50 ans.

En parallèle, Loukachenko a annoncé une vaste amnistie concernant 8 000 condamnés de droit commun. Toutefois, la majorité des prisonniers politiques ne seront pas concernés, selon l’activiste Pavel Sapelka de l’organisation Viasna, la plus ancienne ONG de défense des droits humains du Bélarus. Sapelka a également dénoncé les conditions de détention « tortionnaires » imposées aux prisonniers politiques, souvent privés de soins médicaux, de colis et de communication avec leurs proches.

L’opposante en exil Sviatlana Tsikhanouskaya a salué cette annonce tout en rappelant que la mobilisation doit se poursuivre : « Nous ne devons pas relâcher la pression tant que tous les prisonniers politiques ne seront pas libres. »

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