Jean-Luc Mélenchon, patron de La France insoumise (LFI), n’a pas mâché ses mots après la décision du Parti socialiste de ne pas voter la motion de censure contre le gouvernement Bayrou. Face à ce qu’il perçoit comme une trahison ultime, le leader insoumis a livré sa sentence : « Le Nouveau Front Populaire est réduit d’un parti. » Traduction : LFI est furieuse et boude, comme un enfant privé de dessert.
Réunis en bureau national, les socialistes ont pourtant tenté de faire preuve de sagesse. Sans nier leurs désaccords avec le budget, ils ont expliqué qu’il fallait tout de même doter la France d’un budget, même imparfait, plutôt que de plonger le pays dans une crise institutionnelle. Mais cette posture responsable n’a pas adouci les Insoumis, bien au contraire. Chez eux, c’est la grosse colère, version spectacle. Éric Coquerel a qualifié la décision du PS de « ralliement au gouvernement Bayrou » et Paul Vannier y a vu une trahison digne d’un mauvais feuilleton. Clémence Guetté, quant à elle, a dégainé une liste exhaustive des « péchés » socialistes dans une anaphore enflammée, comme si elle rédigeait le sermon de l’année.
LFI, les champions de la réaction théâtrale
Les Insoumis s’indignent donc à grands coups de tweets et de déclarations solennelles, accusant le PS de tout, ou presque. « Ne pas voter la censure, c’est soutenir, pour de bon, la macronie », s’est insurgée Clémence Guetté. Selon cette logique implacable, ne pas renverser un gouvernement signifie l’aimer, tout comme ne pas finir son assiette signifie haïr la nourriture. LFI maîtrise à merveille l’art de la surenchère dramatique, et Jean-Luc Mélenchon s’est empressé de lancer son ultimatum : « Il va nous falloir vérifier qui reste dans le NFP. » Traduction : Gare à vous, socialistes, la punition pourrait être sévère. Peut-être même que LFI ne viendra plus à votre anniversaire.
Face à cette tempête dans un verre d’eau, le PS reste droit dans ses bottes. Certes, les socialistes n’aiment pas le budget, mais ils ont préféré ne pas jouer la carte du chaos. « Ce n’est pas un bon budget, mais il faut un budget », a résumé Arthur Delaporte, porte-parole du PS, résumant ainsi ce que LFI semble incapable d’entendre : gouverner, ce n’est pas seulement taper du poing sur la table, c’est parfois accepter des compromis, même amers.
Les socialistes ont toutefois tendu une petite carotte aux Insoumis en annonçant le dépôt d’une motion de censure ultérieure (article 49.2) en réponse aux propos polémiques de François Bayrou sur la « submersion migratoire ». Mais même là, LFI reste sceptique. « Une balle à blanc », a raillé Éric Coquerel, persuadé que cette motion ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau.
Mélenchon contre le monde entier
Si l’on en croit les Insoumis, le monde entier semble conspirer contre eux : les socialistes sont devenus des traîtres, les Verts sont trop tièdes, et le gouvernement Bayrou est forcément « le mal incarné ». À ce rythme-là, Jean-Luc Mélenchon pourrait bientôt accuser son boulanger de connivence avec la macronie si sa baguette n’est pas assez croustillante.
Pour Pierre Jouvet, secrétaire général du PS, la réponse à ce chaos est claire : « Le NFP n’appartient pas à Jean-Luc Mélenchon. » Il rappelle que le but de l’alliance n’est pas de suivre aveuglément les colères insoumises, mais de construire une opposition cohérente et stratégique. Une déclaration qui pourrait bien passer au-dessus des têtes à LFI, tant ils semblent convaincus que l’indignation est une stratégie politique en soi.
Même chez les Écologistes, on trouve la réaction de LFI quelque peu excessive. Marine Tondelier, leur cheffe, a regretté la décision des socialistes, tout en lançant un petit tacle bien senti : « Soit on décrète que le NFP meurt, et on le répète toute la journée, soit on le surmonte. » Un conseil que LFI pourrait peut-être méditer entre deux tweets indignés. Mais pour le moment, les Insoumis semblent bien décidés à continuer leur pièce de théâtre, avec toujours la même scène : la grande trahison des socialistes, encore et toujours.