SINGAPOUR — Les électeurs singapouriens se rendront aux urnes ce samedi pour des élections générales déterminantes, alors que le Parti d’action populaire (PAP), au pouvoir sans interruption depuis l’indépendance en 1965, cherche à renforcer son autorité sous la direction de son nouveau Premier ministre, Lawrence Wong. Ce scrutin constitue le premier test électoral pour Wong, 52 ans, depuis sa prise de fonctions l’an dernier, succédant à Lee Hsien Loong, fils du père fondateur de la nation, Lee Kuan Yew.
Le PAP est assuré de conserver la majorité, mais les enjeux résident dans l’ampleur de son soutien populaire. Lors des élections de 2020, le parti avait vu sa part de voix chuter à 61 %, l’un de ses plus bas niveaux historiques, contre près de 70 % en 2015. Bien qu’il ait conservé 83 des 93 sièges parlementaires, l’opposition avait réussi une percée notable avec dix sièges remportés — un record. Cette dynamique ébranle doucement, mais sûrement, la domination du PAP, qui fait face à une population de plus en plus critique sur le coût de la vie, l’inégalité des revenus, la pression migratoire et la liberté d’expression restreinte.
Le système électoral singapourien combine des circonscriptions uninominales et des circonscriptions de représentation groupée (GRC), où les électeurs votent pour une équipe incluant obligatoirement un membre issu d’une minorité ethnique. Si ce mécanisme garantit une représentation multiethnique dans un pays à majorité chinoise, il est critiqué pour favoriser le PAP et compliquer l’émergence d’une opposition forte. Cette année, cinq sièges ont déjà été remportés sans opposition par le PAP, faute de candidats rivaux dans une GRC.
Face à ces défis, Lawrence Wong, économiste formé aux États-Unis et ancien ministre des Finances, a multiplié les gestes en faveur de l’électorat. Le dernier budget national comprenait des aides financières et des bons d’achat, tandis que la campagne a mis l’accent sur une gouvernance plus inclusive et à l’écoute des jeunes générations. Wong avertit toutefois qu’un affaiblissement du mandat du PAP rendrait Singapour vulnérable face à la guerre commerciale relancée par les hausses tarifaires de Donald Trump, et à un contexte économique incertain. “Avec un mandat fort, nous pourrons défendre les intérêts de Singapour avec assurance”, a-t-il déclaré cette semaine.
L’opposition, menée par le Parti des travailleurs (WP) de l’avocat Pritam Singh, espère capitaliser sur ce mécontentement. Le WP, seule formation représentée au Parlement, aligne 26 candidats, bien loin des 97 sièges en jeu. Singh affirme qu’un renforcement de la présence de l’opposition ne paralyserait pas le gouvernement, mais favoriserait une plus grande transparence et un meilleur équilibre des pouvoirs. Neuf autres partis d’opposition ainsi que deux candidats indépendants complètent la liste des adversaires du PAP.
Selon Eugene Tan, professeur de droit à l’université de gestion de Singapour, le scrutin se joue autour de cette question centrale : les électeurs vont-ils se rallier au PAP, perçu comme un rempart face aux crises économiques, ou opter pour davantage de pluralisme politique ? Une performance renforcée du WP, même modeste, pourrait marquer une nouvelle étape vers une érosion progressive du système dominé par un seul parti.
Les bureaux de vote ouvriront à 8h, heure locale, et resteront ouverts pendant 12 heures. Les résultats sont attendus dans la nuit.