concert de rap — Damso à Paris La Défense Arena : un BĒYĀH Tour en cinq actes qui réinvente le concert de rap
Damso à Paris La Défense Arena : un BĒYĀH Tour en cinq actes qui réinvente le concert de rap

Quatre soirs consécutifs, 35 000 spectateurs par soir, soit potentiellement 140 000 personnes rassemblées dans la plus grande salle couverte d’Europe à Nanterre. Le BĒYĀH Tour de Damso ne ressemble à aucun autre concert de rap. Dès le début du premier show, ce jeudi 28 mai, la tonalité est donnée : avant même que le rappeur belge n’apparaisse, des créatures blanche et des silhouettes encapuchonnées investissent la scène dans un ballet mystique de sept minutes. Pas un morceau joué. Juste l’installation d’un univers. Pendant près de deux heures, les spectateurs ont assisté à un spectacle découpé en cinq actes, avec 34 danseurs, des chorégraphies contemporaines signées Sarah Baltzinger et Isaiah Wilson, des costumes conçus comme des éléments narratifs, et une progression dramatique allant de l’obscurité vers la lumière.

Un rappeur au service de l’œuvre, pas l’inverse

Ce qui frappe d’emblée, c’est le rapport inhabituel de Damso à la scène : il ne s’adresse presque jamais au public, se déplace dans les angles plutôt qu’au centre, et laisse les créatures et les danseurs incarner ce que les textes portent. « L’artiste est vraiment au service de l’art et pas l’inverse », résume Cindy, 31 ans, interrogée par 20 Minutes. Les moments les plus forts du concert alternent bravoure visuelle — jets de flammes sur Feu de bois avec Sarah Sey en invitée, acrobaties dans les airs sur Mosaïque solitaire — et rupture émotionnelle, comme lorsque la voix de son fils Lior résonne sur Deux toiles de mer, décrit comme « le moment le plus humain de la soirée ». Le final, intitulé « Le monde blanc », voit toutes les créatures se transformer en silhouettes immaculées avant que Damso ne se retire dans un cercueil blanc lors d’une procession qui laisse planer la question : est-ce la fin d’un chapitre, ou de sa carrière ? Les réactions des spectateurs oscillent entre incompréhension assumée et enthousiasme sincère. « Je pense sincèrement que c’est le concert le plus lunaire que j’ai vu de ma vie », résumait un spectateur sur TikTok.

Le rap masculin rattrapé par l’exigence scénique des pop stars

Ce show relance une question qui agite aussi les États-Unis depuis Coachella : attend-on d’un concert de rap qu’il soit aussi un spectacle ? En France, Shay et Theodora ont progressivement imposé cette exigence côté artistes féminines. Damso semble vouloir l’importer du côté masculin. « C’était un vrai show comme peut le faire Beyoncé, avec une scénographie, des danseurs, des costumes », observe Cindy. Pour Jean Viard, sociologue, le concert de rap traditionnel reste souvent moins spectaculaire que les tournées américaines. Mais ce BĒYĀH Tour — présenté comme la conclusion du dernier album de Damso — suggère qu’une autre voie est possible.

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