Clive Davis, l’un des producteurs et dirigeants les plus influents de l’histoire de la musique américaine, est mort à 94 ans. Figure centrale de l’industrie du disque pendant plus de soixante ans, il avait accompagné, signé ou relancé des artistes majeurs comme Whitney Houston, Bruce Springsteen, Janis Joplin, Santana, Billy Joel, Patti Smith, Alicia Keys, Aretha Franklin ou encore Aerosmith. Il est décédé à son domicile de Manhattan après une hospitalisation pour des problèmes respiratoires.
L’homme qui avait l’oreille absolue du business
Son influence sur la musique populaire américaine a été immense. Son pouvoir tenait à savoir reconnaître un artiste avant que le public ne le fasse.Il a bâti sa légende sur cette intuition. Chez Columbia Records, puis chez Arista et J Records, Davis a imposé son flair pour en faire une arme redoutable.
De Columbia à Arista, une carrière hors norme
Né à Brooklyn en 1932, Clive Davis était d’abord juriste. Diplômé de Harvard Law School, il entre chez Columbia Records en 1960. Sept ans plus tard, il devient président du label. Sous sa direction, Columbia s’ouvre davantage au rock et accompagne des artistes qui marqueront durablement la musique américaine. Davis signe ou soutient alors des noms devenus historiques : Janis Joplin, Santana, Bruce Springsteen, Chicago, Billy Joel ou encore Aerosmith. Son rôle dépasse rapidement celui d’un simple patron de maison de disques. Il devient un architecte de carrières, capable d’identifier les bons artistes, les bons répertoires et les bons moments. Après son départ de Columbia dans les années 1970, il fonde Arista Records. C’est là qu’il inscrit définitivement son nom dans l’histoire de la pop et du R&B.
Whitney Houston, son chef-d’œuvre
Parmi toutes les carrières associées à Clive Davis, celle de Whitney Houston reste la plus emblématique. Il la repère alors qu’elle est encore très jeune, la signe chez Arista et supervise son lancement. Sous son impulsion, Whitney Houston devient l’une des voix les plus puissantes et les plus rentables de l’histoire de la musique populaire. Davis a contribué à installer son image, son répertoire et sa place dans l’industrie. Le succès planétaire de The Bodyguard et de “I Will Always Love You” a symbolisé cette alliance entre une voix exceptionnelle et une machine musicale parfaitement maîtrisée.
Le faiseur de retours
Clive Davis n’a pas seulement lancé des carrières. Il en a aussi relancé. Il a joué un rôle important dans le retour commercial de Santana avec l’album Supernatural, immense succès publié en 1999. Il a aussi accompagné Aretha Franklin, Rod Stewart, Barry Manilow ou encore Dionne Warwick à différentes étapes de leur parcours. Cette capacité à faire revenir des artistes au premier plan a renforcé sa réputation. Davis connaissait les radios, les formats, les publics, les duos possibles, les refrains efficaces. Il savait comment remettre un nom au centre du jeu.
Alicia Keys et la dernière grande vague
Au début des années 2000, Clive Davis fonde J Records. Le label devient rapidement un nouvel outil de puissance. L’un de ses plus grands coups s’appelle Alicia Keys. Son premier album, Songs in A Minor, s’impose comme un phénomène mondial et installe la chanteuse-pianiste parmi les figures majeures du R&B contemporain. Avec elle, Davis prouve qu’il n’est pas seulement l’homme des années Columbia ou Arista. Même après plusieurs décennies au sommet, il reste capable d’identifier une artiste générationnelle et de l’amener au grand public.
Une institution des Grammy
Clive Davis était aussi devenu une institution autour des Grammy Awards. Sa soirée pré-Grammy, organisée chaque année, était l’un des rendez-vous les plus courus de l’industrie musicale américaine. Artistes, producteurs, patrons de labels, acteurs et personnalités s’y retrouvaient autour de celui qui incarnait à lui seul une partie du pouvoir musical américain. Il a remporté quatre Grammy Awards selon le palmarès officiel de l’Académie, a reçu plusieurs distinctions honorifiques et a été introduit au Rock and Roll Hall of Fame en 2000 dans la catégorie des non-interprètes.
Avec sa mort, l’industrie musicale perd l’un de ses derniers grands patrons à l’ancienne : un dirigeant capable de mélanger flair artistique, instinct commercial et obsession du succès populaire. Un homme de l’ombre, oui. Mais une ombre immense.