LA PAZ — Des heurts ont éclaté vendredi à La Paz entre les forces de l’ordre boliviennes et des manifestants venus soutenir l’ancien président Evo Morales, interdit de candidature à l’élection présidentielle de cette année. La police a eu recours à des gaz lacrymogènes et à des balles de peinture pour disperser la foule rassemblée devant le tribunal électoral, en plein cœur de la capitale administrative.
Les protestataires, composés en grande partie de partisans indigènes et de militants du Mouvement vers le socialisme (MAS), dénonçaient la décision récente de la Cour constitutionnelle bolivienne de confirmer l’interdiction pour Morales de briguer un nouveau mandat. Cette décision s’appuie sur une interprétation stricte de la Constitution, qui limite les présidents à deux mandats, y compris non consécutifs.
« Regardez ce qu’ils nous font ! Il y a des enfants ici, des personnes âgées, des femmes enceintes », s’indignait Jorge Aduviri, l’un des manifestants gazés par la police. Sur place, des femmes autochtones se sont agenouillées en signe de résistance, tandis que des chants hostiles au gouvernement actuel résonnaient dans les rues.
Evo Morales, qui fut le premier président indigène de Bolivie, avait gouverné le pays de 2006 à 2019. Figure emblématique de la gauche sud-américaine, il avait été contraint à la démission à la suite d’élections controversées pour un quatrième mandat, jugées entachées d’irrégularités. Depuis, il reste une personnalité polarisante : pour certains, un leader légitime empêché par des manœuvres juridiques ; pour d’autres, un ancien dirigeant tentant de s’accrocher au pouvoir.
« Nous voulons qu’Evo redevienne président ! » clamait Flora Quispe, une manifestante venue des hauteurs d’El Alto. « Nous n’avons pas d’argent, nous n’avons pas de travail. Lui seul nous représente. »
La contestation pourrait marquer un tournant dans le paysage politique bolivien, où les tensions internes au sein du MAS — aujourd’hui divisé entre partisans de Morales et fidèles au président en exercice Luis Arce — s’accroissent à l’approche du scrutin. Si Morales reste exclu de la course électorale, ses partisans pourraient radicaliser leur mobilisation, menaçant la stabilité du pays.
Les autorités n’ont pas annoncé de bilan officiel des affrontements, mais des ONG locales signalent plusieurs blessés légers. Pour l’heure, le gouvernement n’a pas répondu aux appels au dialogue lancés par des organisations syndicales et indigènes.