"Race de merde, bamboula, crouille" : Nagui, pointé du doigt pour s’être enrichi avec l’argent public, accuse le député Charles Alloncle de racisme. (Entrevue)
« Race de merde, bamboula, crouille » : Nagui, pointé du doigt pour s’être enrichi avec l’argent public, accuse le député Charles Alloncle de racisme. (Entrevue)

Nagui a annoncé avoir saisi la justice à l’encontre du député Charles‑Henri Alloncle, suite aux propos tenus par l’élu au sujet de ses revenus et de son contrat avec France Télévisions. Charles Alloncle, rapporteur d’une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public, avait déclaré qu’il « pense, au conditionnel, que Nagui est la personne, sur les 10 dernières années, qui s’est le plus enrichie sur l’argent public », en évoquant des « dizaines de millions » perçus par l’animateur grâce aux fonds publics. Ces propos ont déclenché une importante polémique.

Dans une longue publication sur son compte Instagram, Nagui a répondu point par point aux accusations, accusant le député de racisme, et a annoncé sa démarche judiciaire:

« Cher Charles‑Henri Alloncle, Je me permets de vous écrire. Et surtout je me permets cette familiarité. Car il me semble, à lire et suivre vos déclarations, que j’occupe une place toute particulière dans votre cœur. Sachez d’abord que je suis touché par le temps que vous consacrez dans les médias à saluer mon parcours professionnel. Ma fidélité au service public, ma réussite, ma gestion d’entreprise. Sincèrement je me demande si c’est bien de moi dont vous parlez tellement ce portrait est flatteur.

Je suis entré dans le service public d’abord à Radio France à Nice, ville chère à votre ami Eric Ciotti, en 1982. Puis à la télévision sur France 3 Côte d’Azur en 1984. Cela fait donc 44 ans que j’ai la chance de travailler pour le service public. Avec, il est vrai, quelques dérapages dans le privé (M6, TF1, C+, La 5, RTL, E1, E2.) où j’ai beaucoup appris. Sans jamais compter mes heures. Aujourd’hui je suis salarié dans le public (France Inter) et dans le privé (Banijay). Mais cela vous le savez, puisque je hante votre esprit. Je travaille effectivement pour un groupe audiovisuel qui contracte avec FTV. Pour une émission quotidienne, une mensuelle, et une annuelle. Pour toutes les autres animations demandées par FTV (émissions caritatives spéciales : Téléthon, Je suis Charlie, Hôpitaux de Paris, Liban, Ukraine, Croix‑Rouge, Mayotte, la Fondation de France, la planète). Je n’ai volontairement jamais été payé. Et je ne parle pas au conditionnel.

Je ne suis pas salarié de France Télévision, vous le savez. J’ai créé ma société audiovisuelle Air Productions, l’année de votre naissance (est‑ce un signe ?), en 1993. Pourquoi ? Parce qu’Antenne 2 (son nom à l’époque) devait faire produire certaines émissions à l’extérieur. Selon son cahier des charges. Et qu’aucun producteur privé en place n’a voulu de Taratata, pas rentable. J’ai depuis grandi sans jamais savoir ce que l’année suivante me réservait.

« Quel est votre sentiment ou ressentiment à mon égard ? Certaines mauvaises langues me disent que vous n’aimez pas mes origines égyptiennes.« 

Aujourd’hui je produis avec mes équipes 300 heures de programmes par an. Ce qui nous permet de régler 10 000 bulletins de salaires par an. Je ne parle pas au conditionnel. Pour une seule émission de 30 minutes il y a énormément de travail. 44 h de sélection des candidats, 25 h de répétitions des 16 musiciens, 8 h de montage et mixage, 4 h de rédaction. Par chance tout ce travail est rentable. Rentable pour le service public puisqu’il semblerait, je parle au conditionnel, que N’oubliez pas les paroles génèrerait près de 30 millions d’euros par an de chiffre d’affaires de la Régie Pub. On approcherait des 10 % de la publicité globale de tout le groupe FTV. Tout ce que je viens de vous écrire vous le savez évidemment.

Quel est votre sentiment ou ressentiment à mon égard ? Certaines mauvaises langues me disent que vous n’aimez pas les végétariens, d’autres me disent que ce sont mes origines égyptiennes. Certains auraient vu que vous administriez, au conditionnel, un compte Facebook, soutien d’une personnalité de l’extrême droite, qui publierait, tout cela au conditionnel, des phrases comme ‘race de merde’, ‘bamboula’ et même ‘crouille’ (insulte que j’ai essuyée dans ma vie). Pourquoi me jeter en pâture à la vindicte populaire, avec des formules dites au conditionnel ?

Au conditionnel, vraiment ? J’ai lu et j’ai relu. Je n’ai aps trouvé de verbe au conditionnel. Serait-ce une volonté de déclencher l’ire populiste, vu le nombre de messages de haine reçus que vos déclarations ont engendrés ?

Si tel est le cas, je vous proposerais de nous retrouver face à un tribunal, non plus celui des réseaux sociaux, ni celui des médias d’opinion, non, un tribunal, un vrai. »

Dans ce texte, Nagui défend également sa société de production Air Productions, les emplois qu’elle génère et la structure de ses contrats avec le groupe audiovisuel public, tout en critiquant l’usage de formules « au conditionnel » du député, en soulignant l’impact des accusations sur sa réputation.

Pour rappel, France Télévisions traverse actuellement une double crise : l’une sur son manque de neutralité, l’autre sur le financement de l’audiovisuel public, plus endetté que jamais malgré les subventions de l’État…

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