Conclave : vers un pape africain ? Le cardinal Peter Turkson en tête des pronostics
Conclave : vers un pape africain ? Le cardinal Peter Turkson en tête des pronostics

Jamais l’Église catholique n’a eu de pape africain. Mais l’histoire pourrait basculer cette semaine à Rome. Mercredi 7 mai s’ouvre le conclave appelé à désigner le successeur du pape François, et un nom revient avec insistance : celui du cardinal ghanéen Peter Turkson, figure majeure de l’Église mondiale et favori d’un continent où le catholicisme est en plein essor.

Le poids croissant de l’Afrique dans l’Église

Né dans une famille modeste de Nsuta-Wassa, au Ghana, Peter Turkson est un homme d’Église respecté, polyglotte, diplomate et théologien. Son parcours, entre le Ghana, Rome et New York, a fait de lui une figure internationale, souvent missionnée sur les sujets les plus délicats : réconciliation au Soudan du Sud, justice sociale, ou encore réponse aux crises humanitaires. Archevêque dès 1992, cardinal depuis 2003, il a été appelé à des postes-clés par Jean Paul II, Benoît XVI, puis François, qui l’a placé à la tête du puissant dicastère pour le Développement humain intégral. Son profil répond à plusieurs attentes : une Église plus universelle, plus engagée dans le développement, plus représentative des fidèles africains, dont le nombre explose. L’Afrique, pourtant en pleine vitalité spirituelle, reste sous-représentée dans la hiérarchie romaine, un paradoxe que Turkson incarne à lui seul.

Un cardinal à la fois charismatique et clivant

Mais son élection ne ferait pas l’unanimité. S’il a pu se montrer ouvert à certains débats, comme l’usage du préservatif dans des cas particuliers ou la dénonciation de lois homophobes, il reste aligné sur la ligne traditionnelle de l’Église sur les questions de mœurs. Et certains de ses propos ou choix passés – comme une vidéo anxiogène sur l’islam en Europe diffusée en 2012 – ont suscité la controverse. En Afrique, il reconnaît que les Églises évangéliques séduisent davantage que le catholicisme, qu’il juge trop cérébral. Lui-même incarne un catholicisme plus incarné, plus sensible, ancré dans la réalité sociale des peuples. Et cela pourrait bien faire la différence. Son élection serait un symbole fort. Après Jean-Paul II venu de l’Est et François venu du Sud, l’Église pourrait franchir un nouveau cap historique, en choisissant un homme noir pour porter la voix de Rome dans un monde multipolaire.

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