Le 8 octobre 1967, dans le ravin de Quebrada del Yuro, en Bolivie, le révolutionnaire argentin Ernesto « Che » Guevara est encerclé par l’armée bolivienne. Blessé, son fusil inutilisable, il est capturé vivant après trois heures de combat. Conduit au village de La Higuera, il sera sommairement exécuté le lendemain, le 9 octobre, sur ordre des autorités boliviennes, avec l’assentiment discret mais déterminant de la CIA. Sa mort, à 39 ans, met un terme à sa dernière tentative d’exporter la guérilla en Amérique latine.
Du médecin au guérillero
Né à Rosario, en Argentine, le 14 juin 1928, Ernesto Guevara est d’abord étudiant en médecine. Ses voyages en Amérique du Sud l’amènent à constater l’ampleur de la pauvreté et des inégalités sociales. Convaincu que seule une révolution armée peut y remédier, il rejoint au Mexique Fidel Castro et le mouvement du 26 juillet. Après le débarquement du Granma en 1956 et deux ans de guérilla dans la Sierra Maestra, le Che joue un rôle décisif dans la victoire révolutionnaire de janvier 1959.
À Cuba, il devient une figure centrale du nouveau régime. Commandant de la prison de La Cabaña, ministre de l’Industrie, idéologue marxiste, il incarne la transition du pays vers le socialisme et le rapprochement avec l’URSS. Mais ses projets économiques échouent, et son intransigeance idéologique l’isole. En 1965, il disparaît de la scène publique pour tenter d’exporter la révolution : d’abord au Congo, sans succès, puis en Bolivie.
L’échec bolivien
En novembre 1966, Guevara s’installe clandestinement dans les montagnes boliviennes avec une cinquantaine de guérilleros. Mais la population locale ne le soutient pas, et ses effectifs s’amenuisent face à l’armée bolivienne, renforcée par des conseillers américains. Trahi par des informateurs, le groupe est acculé début octobre 1967.
Le 8 octobre, Guevara est capturé vivant. Selon les témoignages, il aurait déclaré à ses assaillants : « Je suis Che Guevara, je vaux mieux vivant que mort. » Mais dès le lendemain, le président bolivien René Barrientos ordonne son exécution pour éviter un procès qui aurait attiré l’attention internationale. Le sergent Mario Terán est désigné pour tirer. Avant de mourir, le Che lance : « Restez calme et visez bien, vous allez tuer un homme. »
De la mort au mythe
Exposé à Vallegrande, son corps, photographié par la presse, rappelle aux yeux de beaucoup une figure christique. Ses mains sont amputées pour identification, et son corps enterré secrètement. En 1997, des fouilles officielles retrouvent ses restes présumés, rapatriés à Cuba et inhumés avec les honneurs dans un mausolée à Santa Clara.
La mort de Guevara transforme le révolutionnaire en icône mondiale. Son portrait pris par le photographe Alberto Korda, Guerrillero Heroico, devient l’une des images les plus célèbres du XXe siècle. Pour ses partisans, il incarne l’idéal du révolutionnaire internationaliste prêt à mourir pour ses convictions. Pour ses détracteurs, il reste un homme de violence et de dogmatisme, responsable d’exécutions sommaires.