Le gouvernement pakistanais a annoncé lundi la création d’une nouvelle force paramilitaire nationale baptisée « Gendarmerie fédérale », dans un contexte de tensions politiques croissantes et à l’approche de nouvelles manifestations du parti d’opposition de l’ancien Premier ministre Imran Khan. Cette décision a immédiatement suscité de vives réactions de la part de l’opposition et d’organisations de défense des droits humains, qui y voient un risque d’instrumentalisation à des fins politiques.
Le ministre d’État de l’Intérieur, Talal Chaudhry, a précisé lors d’une conférence de presse à Faisalabad que cette force découle d’une réorganisation d’une unité paramilitaire déjà active dans les zones frontalières du nord-ouest, à proximité de l’Afghanistan. « La Gendarmerie fédérale aura un mandat national et jouera un rôle central dans le maintien de l’ordre public lors de manifestations à haut risque », a-t-il expliqué.
Cette annonce survient alors que le Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), le parti d’Imran Khan, prévoit une nouvelle série de rassemblements à travers le pays pour protester contre ce qu’il qualifie de persécution politique et de détournement de la justice. Khan, destitué en 2022 et emprisonné à plusieurs reprises depuis, demeure une figure centrale de l’opposition et continue de mobiliser des milliers de partisans, malgré une interdiction officielle de ses activités politiques.
Les craintes d’un durcissement sécuritaire se sont intensifiées avec cette nouvelle mesure. Des groupes de défense des droits humains comme Human Rights Commission of Pakistan (HRCP) redoutent une utilisation abusive de cette force contre les manifestations pacifiques. « Le Pakistan a déjà un lourd passé de répression politique à travers les forces de sécurité. Donner des pouvoirs élargis à une force paramilitaire sans garanties judiciaires renforcées est extrêmement préoccupant », a réagi un porte-parole de l’organisation.
Du côté du gouvernement, on assure que la Gendarmerie fédérale répond à un besoin urgent de coordination des forces de sécurité face aux menaces hybrides, y compris les mouvements violents et les infiltrations terroristes. Mais l’opposition accuse l’exécutif d’utiliser la sécurité comme prétexte pour museler les voix dissidentes.
Alors que le climat politique reste tendu et que les manifestations s’annoncent massives, la création de cette nouvelle force risque d’aggraver les divisions au sein d’une société pakistanaise déjà profondément polarisée. Reste à savoir si elle servira réellement la stabilité ou deviendra un nouvel instrument de contrôle au service du pouvoir en place.