La Russie prévoit de fabriquer jusqu’à 120 000 bombes planantes cette année, dont une version à longue portée capable d’atteindre davantage de villes ukrainiennes, a affirmé un haut responsable du renseignement militaire de Kyiv. Cette estimation, révélée par le général de division Vadym Skibitskyi, suggère une hausse spectaculaire de la production de ces munitions bon marché mais extrêmement destructrices, déjà utilisées massivement sur la ligne de front.
Depuis le début de l’invasion en 2022, Moscou a intensifié ses efforts industriels, faisant tourner ses usines d’armement jour et nuit. Bien que la Russie ne communique pas sur ses capacités militaires, Skibitskyi estime que sa production quotidienne permet de lancer 200 à 250 bombes planantes par jour, contre environ 170 le mois précédent. Selon lui, ces armes représentent une menace croissante, d’autant qu’elles peuvent être modernisées pour parcourir plusieurs dizaines de kilomètres sans exposer les avions russes aux défenses ukrainiennes.
La Russie mettrait également en production une nouvelle bombe planante capable d’atteindre 200 km, et environ 500 unités de cette version longue portée pourraient être fabriquées d’ici la fin de l’année. Kyiv redoute que Moscou ne travaille déjà sur un modèle allant jusqu’à 400 km, ce qui lui permettrait de frapper des villes éloignées du front sans recourir à ses missiles plus coûteux. Les attaques d’octobre sur les régions de Mykolaïv, Poltava et Odessa témoignent de l’extension progressive de cette menace.
Selon Skibitskyi, la Russie renforce aussi sa production de drones longue portée, élément central des attaques répétées contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Il estime qu’en 2025, Moscou pourrait fabriquer 70 000 drones, dont 30 000 de type Shahed, utilisés massivement pour saturer les défenses ukrainiennes. L’objectif serait autant militaire que politique : miner la résistance intérieure au cœur de l’hiver et pousser Kyiv vers des concessions lors d’éventuelles négociations.
La coopération militaire entre la Russie et la Corée du Nord reste également un facteur déterminant. Depuis 2023, Pyongyang aurait livré à Moscou 6,5 millions d’obus d’artillerie, mais les approvisionnements auraient diminué de moitié cette année en raison de stocks épuisés. En parallèle, la Corée du Nord aurait lancé la production de ses propres drones FPV et drones d’attaque de moyenne portée, capitalisant sur son expérience acquise via le soutien à la Russie sur le champ de bataille.
Kyiv s’attend à ce que ces évolutions intensifient la pression militaire dans les prochains mois. Skibitskyi affirme que si les forces russes s’emparent de Pokrovsk, théâtre de violents combats urbains, elles pourraient rapidement avancer vers les frontières régionales de Donetsk, objectif stratégique de longue date. Pour lui, l’augmentation drastique de la production d’armements montre que Moscou entend poursuivre sa campagne offensive tout en cherchant à affaiblir l’Ukraine sur les plans militaire, énergétique et psychologique.