Quatre ans après son arrivée sur les rails français, Trenitalia poursuit son offensive sur la grande vitesse, tout en admettant que son implantation continuera de creuser ses comptes. L’opérateur italien, premier concurrent de SNCF Voyageurs sur les lignes à grande vitesse, revendique 4,7 millions de voyageurs transportés depuis ses débuts et assure vouloir passer à la vitesse supérieure en ciblant désormais de manière assumée les voyageurs professionnels sur l’axe Paris Lyon. L’entreprise, qui s’était lancée en 2021 dans un marché ouvert à la concurrence mais dominé par la SNCF, dresse un bilan jugé positif. La filiale française explique que son chiffre d’affaires aurait plus que doublé entre 2024 et 2025, une progression attribuée à la montée en puissance des dessertes vers Lyon et au lancement de sa liaison Paris Marseille. Les taux de remplissage atteindraient environ 80% sur l’axe Paris Lyon Milan, même si cette ligne a été interrompue de longs mois à la suite d’un éboulement. Trenitalia met également en avant l’attrait de ses services, insistant sur ses classes différenciées, son positionnement tarifaire et son offre de restauration, autant d’arguments qui lui permettent, selon elle, de se distinguer de l’opérateur dominant.
Une stratégie assumée vers la clientèle professionnelle
Pour 2026, la priorité affichée est claire, consolider l’offre existante plutôt que s’éparpiller en lançant de nouvelles liaisons. Dès la mi-décembre, la ligne Paris Lyon passera ainsi de neuf à quatorze allers retours quotidiens. Ces nouveaux créneaux, majoritairement matinaux, visent directement les voyageurs professionnels, habitués des TGV Inoui et détenteurs d’abonnements dont l’opérateur historique dépend fortement. Trenitalia espère détourner une partie de cette clientèle en s’appuyant sur la régularité accrue des départs, des prestations haut de gamme et le lancement d’une carte d’abonnement en cours de finalisation. La compagnie entend renforcer cette stratégie avec l’ouverture d’un centre de maintenance près de Paris, un investissement de plusieurs millions d’euros qui doit devenir un pilier de son futur réseau interconnecté en Europe. Ces ambitions ont cependant un coût. Les dépenses liées à l’entretien du matériel, aux projets d’infrastructures, à la progression du nombre de circulations et aux campagnes commerciales pèsent lourdement sur les comptes de l’opérateur. Les péages ferroviaires, particulièrement élevés en France et représentant environ la moitié de ses coûts, aggravent ces difficultés. L’entreprise affirme avoir versé près de 200 millions d’euros en péages depuis son arrivée sur le territoire, un montant qualifié de colossal pour un nouvel entrant.
Des pertes structurelles assumées malgré une croissance rapide
Trenitalia admet que son implantation française ne sera pas rentable avant plusieurs années. Elle affirme anticiper une nouvelle année déficitaire, une situation qui se prolongerait au moins jusqu’en 2026. Les pertes cumulées depuis 2021 dépasseraient déjà les 150 millions d’euros, un chiffre que la direction assume comme inhérent au secteur ferroviaire, présenté comme exigeant des investissements de long terme et un fort amortissement avant de dégager des marges. Le retard structurel face à la SNCF, qui bénéficie d’une plateforme de vente dominante et d’une présence historique sur le réseau, est également invoqué pour expliquer la lenteur du retour à l’équilibre. La compagnie martèle qu’elle n’avait jamais envisagé d’être rentable lors des premières années et que sa trajectoire suivrait le plan prévu. Elle estime toutefois que la concurrence profite aux voyageurs, rappelant que l’arrivée de ses trains aurait contribué à faire baisser certains tarifs sur la ligne Paris Marseille. Cette intensification de l’offre, ajoutée aux choix de prix agressifs, à la multiplication des services et aux investissements en infrastructures, dessine une stratégie ambitieuse, mais encore coûteuse. De quoi rendre plus prudents les nouveaux entrants qui, contrairement à la filiale du groupe public italien, ne disposent pas forcément d’une maison mère capable d’encaisser durablement des pertes importantes.