La concurrence dans le rail espagnol tourne au bras de fer. L’opérateur historique Renfe accuse son rival Ouigo, filiale low cost de SNCF Voyageurs, d’abuser de ses infrastructures de maintenance. Derrière ce différend technique, c’est une tension grandissante entre les deux acteurs d’un marché libéralisé depuis 2021 qui refait surface. Depuis l’ouverture à la concurrence, Renfe est contrainte par la réglementation européenne de partager ses ateliers de maintenance avec les nouveaux entrants, moyennant une compensation financière. Mais selon son président, Ouigo dépasserait largement le cadre prévu par contrat. Le groupe français utiliserait 30 % de capacité en plus que ce qui lui est alloué, effectuerait des opérations lourdes sans autorisation préalable, et réglerait donc des montants inférieurs à ce qu’impliqueraient ces interventions. Ces irrégularités auraient été signalées dès juillet dernier.
Des travaux trop lourds pour un accord trop léger
Le contrat initial permet à Ouigo d’effectuer uniquement des opérations de maintenance légères, dites de niveau 1, correspondant à des interventions de routine. Renfe affirme que son concurrent réalise des réparations lourdes (niveau 2), impliquant démontages et immobilisation prolongée des rames, sans les déclarer officiellement dans ses plans de maintenance. Ces pratiques, selon Renfe, satureraient ses ateliers et nuiraient à la disponibilité de ses propres trains. Ouigo reconnaît l’existence de divergences techniques mais conteste toute violation. La compagnie estime qu’il s’agit d’un simple désaccord d’interprétation du contrat. Elle justifie le maintien du dispositif actuel comme une « condition nécessaire pour garantir la continuité des services ». Interrogée par la presse espagnole, elle souligne qu’en quatre années d’exploitation, aucune contestation de ce type n’avait eu lieu auparavant. L’entreprise rappelle aussi que ses activités de maintenance, menées depuis 2020 en Espagne, respectent la législation européenne et rapportent à Renfe plusieurs dizaines de millions d’euros chaque année, tout en générant des centaines d’emplois locaux.
Un duel symbolique du rail européen
L’affaire, au-delà de son aspect contractuel, illustre la difficulté d’une cohabitation entre ancien monopole et nouvel entrant sur un marché désormais ouvert. Depuis son arrivée en 2021, Ouigo a conquis environ 20 % du marché espagnol, avec des tarifs cassés qui irritent les autorités et fragilisent Renfe. Après des pertes cumulées dépassant les 100 millions d’euros, l’opérateur français s’approcherait enfin de l’équilibre en 2025, grâce à l’ouverture de nouvelles lignes. Le conflit pourrait bientôt être tranché par la CNMC, l’autorité espagnole de la concurrence, si les négociations en cours échouent. En attendant, la tension reste palpable sur les rails ibériques, où la coopération technique semble aussi délicate que la rivalité commerciale.