Longtemps perçu comme un espace d’émancipation, Internet est devenu un territoire dominé par quelques grandes plateformes capables d’orienter les usages, de capter les données et d’imposer leurs règles. Le modèle économique qui s’est imposé repose sur l’exploitation massive des informations personnelles, transformant l’utilisateur en marchandise et la navigation en outil de profilage permanent.
Face à cette dépendance, la réponse ne peut pas être uniquement technologique. Héberger des services sur des infrastructures souveraines ne suffit pas si les données personnelles continuent d’être aspirées par des acteurs privés. La véritable clé réside dans la maîtrise de l’identité numérique, c’est-à-dire dans la capacité de s’identifier en ligne sans abandonner le contrôle de ses informations.
Reprendre la main sur son identité en ligne
Une identité numérique souveraine ne consiste pas à disparaître d’Internet, mais à choisir précisément ce qui est partagé, avec qui et pour quel usage. Elle permet de prouver un droit, une situation ou une caractéristique sans exposer l’ensemble de sa vie numérique. Grâce à des procédés cryptographiques, il devient possible d’attester d’un âge, d’un statut ou d’un diplôme sans divulguer de données inutiles, limitant ainsi les risques de surveillance et de détournement.
Le modèle défendu par la France et par l’Union européenne s’inscrit dans cette logique. Il repose sur une séparation claire entre l’identité d’une personne et ses attributs vérifiables. Cette approche décentralisée rompt avec les systèmes centralisés, souvent vulnérables et intrusifs, et redonne à l’individu la maîtrise de ses informations.
Le futur portefeuille d’identité numérique européen, l’EUDI Wallet, incarne cette ambition. Pensé pour être interopérable à l’échelle de l’Union, il vise à offrir une alternative crédible aux solutions imposées par les géants du numérique. L’enjeu dépasse la simple innovation technique : il s’agit de préserver un Internet fondé sur la confiance plutôt que sur la surveillance, où la preuve remplace la collecte massive de données.
Dans un contexte où certains pays optent pour des identités numériques obligatoires et centralisées, le choix européen défend une autre vision. Une vision où l’identité numérique protège la liberté individuelle, renforce la souveraineté et permet de concilier innovation, sécurité et respect des droits fondamentaux.