Le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre a relaxé jeudi l’artiste guadeloupéen François Moulin, connu sous le nom de Blow, ainsi que deux organisateurs d’exposition poursuivis après la présentation d’un tableau représentant une tête aux traits d’Emmanuel Macron. Les trois prévenus étaient jugés pour « provocation publique et directe non suivie d’effet à commettre un crime ou un délit » après une plainte déposée par le chef de l’État.
L’œuvre, intitulée « Non-lieu », montrait un homme noir portant le drapeau guadeloupéen et brandissant une tête évoquant celle du président français. Le tableau avait été exposé début 2025 à Pointe-à-Pitre en réaction au non-lieu prononcé dans l’affaire du chlordécone, pesticide utilisé pendant des décennies dans les bananeraies antillaises malgré sa toxicité.
Une affaire liée au scandale du chlordécone
Le dossier du chlordécone reste extrêmement sensible aux Antilles. Ce pesticide a été autorisé en Guadeloupe et en Martinique jusqu’en 1993 sous dérogation, alors qu’il était déjà interdit ailleurs en France. Après seize années d’enquête, la justice avait prononcé un non-lieu en 2023, provoquant une profonde colère parmi les victimes et les associations locales.
L’avocat de l’artiste, Me Patrice Tacita, a salué une « victoire éclatante » qu’il considère comme une affirmation de l’indépendance de la justice face à une plainte présidentielle. Les défenseurs des organisateurs de l’exposition ont également dénoncé une « poursuite d’un autre siècle », estimant que cette affaire posait la question de la liberté d’expression artistique dans un contexte marqué par l’héritage colonial et le scandale sanitaire du chlordécone.
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