Face à un taux de fécondité historiquement bas, un temple bouddhiste du VIIIe siècle accueille des week-ends de speed-dating encadrés par des moines. Une initiative qui s’inscrit dans un effort national plus large pour relancer les naissances.

En Corée du Sud, des moines bouddhistes organisent des retraites de rencontres pour célibataires
En Corée du Sud, des moines bouddhistes organisent des retraites de rencontres pour célibataires

Face à un taux de fécondité historiquement bas, un temple bouddhiste du VIIIe siècle accueille des week-ends de speed-dating encadrés par des moines. Une initiative qui s’inscrit dans un effort national plus large pour relancer les naissances.

Le moine en robe orange brûlé s’adresse à la rangée de jeunes hommes et femmes avec une gravité inhabituelle pour l’occasion : ils sont là, dit-il, pour sauver leur pays. En trouvant un partenaire. En fondant une famille. Les participants échangent des regards gênés, entre rires nerveux et curiosité.

La scène se déroule au temple de Donghwasa, niché dans les forêts du mont Palgongsan, dans le sud-est de la Corée du Sud. Ce site fondé au VIIIe siècle, qui servit de camp à des milices de moines lors des invasions japonaises du XVIe siècle, accueille désormais une retraite de rencontres de trente heures, ouverte à tous, quelle que soit leur confession.

L’animateur de l’événement, Yoo Cheol-ju, résume la philosophie du projet sans détour : « Les bouddhistes ont toujours été les premiers à agir quand le pays est en danger. Les naissances insuffisantes sont une crise nationale. Nous devions faire quelque chose. »

La crise en question est documentée. En 2023, le taux de fécondité en Corée du Sud a atteint un plancher historique de 0,72 enfant par femme, très loin du seuil de renouvellement des générations fixé à 2,1. Le gouvernement a répondu par des congés parentaux allongés, des primes à la naissance et des logements subventionnés pour les jeunes mariés. Depuis 2006, ces programmes ont coûté environ 250 milliards de dollars, sans inverser durablement la tendance.

Les rencontres elles-mêmes sont devenues un problème structurel. Les Coréens se fréquentent traditionnellement via l’école, le travail ou le sogaeting, ces rendez-vous arrangés par des proches. Les grandes villes n’encouragent guère les conversations spontanées, la consommation d’alcool recule et les applications de rencontres n’ont jamais vraiment percé. En 2015, Tinder avait même revu son positionnement pour se présenter comme une application de rencontres amicales, faute de succès suffisant sur le marché romantique.

Les 24 participants à cette retraite ont été sélectionnés parmi 1 600 candidats, à l’issue d’un processus incluant questionnaires et vidéos de présentation. Kim Ah-kyung, 28 ans, connue sous son nom bouddhiste Sunhyeji, a quitté la région de Séoul pour un emploi de bureau dans les provinces du sud-est. « Il n’y a vraiment aucune occasion de rencontrer des hommes, dit-elle. Je ne fais qu’aller au travail et rentrer chez moi. » Kwon Seung-oh, 30 ans, surnommé Enyo, travaille dans une grande usine laitière près de Daegu où 97 % des employés sont des hommes. Ses amis lui ont organisé une dizaine de rendez-vous arrangés, tous restés sans suite.

Le programme enchaîne les activités sans répit : tour de présentation, promenade en duo dans les bois du temple, remise de roses en plastique pour choisir son partenaire de déjeuner, spectacle de talents, speed-dating autour d’un thé vert que personne ne boit, puis dîner en tête-à-tête. Minho, fonctionnaire de 32 ans au caractère posé, finit par former un couple avec Ruby, une designer de 28 ans, après quelques rebondissements. Enyo, lui, ne trouve pas de partenaire lors de cette édition, mais affirme qu’il retenterait l’expérience « s’ils me laissent revenir ».

Au terme des trente heures, huit couples se sont formés, dont deux entre membres du personnel et participants. Sur les 24 présents, seize repartent avec un partenaire potentiel.

Les autorités coréennes organisent ce type d’événements depuis le début des années 2000, des ateliers de menuiserie aux soirées DJ en bord de rivière. Les résultats commencent peut-être à se faire sentir : en 2024, le taux de fécondité a légèrement remonté, et les projections pour 2025 tablent sur une moyenne de 1,0 enfant par femme, contre 0,8 l’année précédente. Les autorités attribuent prudemment ce rebond aux effets retardés de la pandémie sur les mariages et aux naissances d’une génération nombreuse arrivant à l’âge adulte. Une enquête publiée en mars montrait par ailleurs que les personnes non mariées étaient près de 10 % plus favorables au mariage et à la parentalité qu’il y a deux ans.

Sunhyeji, elle, est rentrée sans partenaire mais avec de nouvelles amies. Elle a veillé jusqu’à trois heures du matin à bavarder dans sa chambre. « J’ai fait plein d’amies ! » dit-elle, déjà en train d’organiser un brunch collectif. Pour elle, le séjour ressemblait à une soirée pyjama d’adolescente, libératrice et spontanée.

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