Face à la menace persistante de droits de douane américains de 50 % sur l’aluminium, le Canada pourrait venir en aide financièrement à ses producteurs nationaux, a indiqué samedi l’Association de l’aluminium du Canada (AAC). Alors que l’industrie s’inquiète des effets déstabilisateurs de cette mesure protectionniste, des discussions seraient en cours entre le gouvernement fédéral et les principaux acteurs du secteur.
Selon Jean Simard, président-directeur général de l’AAC, ces droits de douane imposés par Washington sur les exportations canadiennes d’aluminium risquent de porter un « coup sévère » à la compétitivité du secteur, notamment au Québec, cœur névralgique de la production canadienne. « Si ces tarifs se maintiennent, un soutien gouvernemental sera essentiel pour protéger les investissements, les emplois et les capacités de production », a-t-il déclaré.
Les États-Unis justifient ces tarifs élevés par la nécessité de protéger leur industrie nationale, invoquant des préoccupations en matière de sécurité économique. Le Canada, principal fournisseur d’aluminium aux États-Unis, rejette ces arguments et appelle à une résolution négociée du différend commercial.
Le gouvernement canadien n’a pas confirmé publiquement la mise en place d’un mécanisme d’aide, mais selon des sources proches du dossier, plusieurs options sont envisagées, incluant des subventions ciblées, des crédits d’impôt ou des garanties de prêts. Ottawa chercherait à éviter toute escalade tout en soutenant une industrie jugée stratégique.
La pression est forte sur les autorités fédérales, alors que les producteurs canadiens — dont Alcoa, Rio Tinto et Magna — subissent déjà une baisse de rentabilité et un ralentissement des exportations. La nouvelle usine de Magna Aluminium Profile à Salaberry-de-Valleyfield, au Québec, présentée comme la première ligne d’extrusion entièrement électrique et automatisée d’Amérique du Nord, pourrait voir sa rentabilité compromise à peine quelques mois après son ouverture.
L’industrie de l’aluminium représente des milliers d’emplois directs et indirects au Canada, avec une forte concentration dans les régions industrielles du Québec. Elle joue également un rôle clé dans les chaînes d’approvisionnement nord-américaines, en particulier pour les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique et de la construction.
Si les droits de douane américains venaient à s’inscrire dans la durée, la réaction d’Ottawa pourrait également raviver les tensions commerciales bilatérales, déjà mises à rude épreuve dans d’autres secteurs. En attendant, l’industrie s’organise pour faire pression sur les autorités et maintenir la compétitivité d’un secteur déjà exposé aux fluctuations des marchés mondiaux.