Le musée d’Orsay consacre jusqu’au 5 juillet une exposition à une facette longtemps sous-estimée d’Auguste Renoir : son travail sur papier. Intitulée Renoir dessinateur, cette présentation, organisée avec la Morgan Library & Museum, réunit près d’une centaine d’œuvres et entend corriger une vieille idée reçue : celle d’un immense peintre qui aurait été un dessinateur secondaire. En mettant en regard croquis, pastels, aquarelles, sanguines et quelques toiles, elle montre au contraire combien le dessin a accompagné, nourri et parfois transformé son art.
Une œuvre graphique longtemps reléguée au second plan
Si Renoir reste associé aux grandes images de l’impressionnisme, ses feuilles ont rarement occupé le devant de la scène. Leur relative discrétion s’explique en partie par la nature même de ce corpus, plus fragmentaire et plus varié que son œuvre peinte : esquisses, études préparatoires, portraits au pastel, essais à l’aquarelle, projets d’illustration ou de gravure. L’exposition révèle pourtant que, dès ses années de formation, le dessin fut un terrain d’apprentissage essentiel, avant de devenir un véritable laboratoire formel.
Le parcours rappelle aussi que Renoir a exploré presque tous les outils à sa disposition. Le visiteur passe ainsi du crayon noir à la plume, du pastel à la gouache, jusqu’à la sanguine, qui s’impose progressivement comme son médium privilégié à partir des années 1880. Cette technique, à la fois souple, charnelle et lumineuse, lui permet d’approfondir son travail sur le nu, la courbe et la présence des corps. Selon le commissaire Paul Perrin, interrogé par franceinfo Culture, c’est d’ailleurs à la fin de sa vie que l’artiste invente pleinement « un dessin à la Renoir », singulier et immédiatement reconnaissable.
Quand Renoir revient au dessin pour réinventer sa peinture
L’un des grands intérêts de l’exposition est de montrer que ce travail graphique devient central au moment où Renoir s’éloigne de l’impressionnisme. Après ses succès des années 1870, il entre dans une phase de doute et reprend plus systématiquement l’étude dessinée pour construire ses compositions. Certaines œuvres majeures, comme Baigneuses. Essai de peinture décorative ou Maternité, donnent lieu à de multiples recherches préparatoires, preuve d’un travail beaucoup plus élaboré que l’image d’une peinture impressionniste spontanée ne le laisse croire. Berthe Morisot elle-même le soulignait, estimant que ces études auraient surpris un public persuadé que les impressionnistes travaillaient avec désinvolture.
Cette redécouverte permet aussi de mesurer l’influence exercée par ces feuilles sur des artistes du XXe siècle. Les dernières sanguines, très libres, très construites, ont fasciné Bonnard, Matisse ou Picasso. Certaines semblent même annoncer des recherches plus modernes sur la simplification des formes et l’occupation de l’espace. En donnant enfin toute sa place à cet aspect moins connu de son œuvre, Orsay ne complète pas seulement le portrait de Renoir : il en renouvelle profondément la lecture.
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